« J’ai toujours été quelqu’un de rigolo, lance l’humoriste de 33 ans à partir de Paris. Mais j’ai mis du temps à comprendre qu’on pouvait en faire un métier. Pour un enfant harcelé, l’humour, c’est quelque chose qu’on utilise pour dévier les coups, pour se rendre un peu plus intéressant et pour que les gens ne nous embêtent pas trop en se disant : “Ah non, lui, on ne va pas le frapper, il est trop drôle.” »De 2016 à 2018, Jessé Rémond Lacroix — c’est son nom complet — goûte au sentiment grisant de susciter le rire en jouant aux côtés de Francis Huster dans une pièce de théâtre de Laurent Ruquier intitulée À droite, à gauche. « C’est quand même vachement bien de monter sur scène et de faire rire toute une salle ! » Pendant le confinement dû à la COVID-19, Jessé entreprend de « provoquer sa chance » en prenant la plume pour raconter son histoire. « J’en avais marre de dépendre des directeurs de casting, du bon désir des uns et des autres. J’ai commencé à écrire en me disant que j’allais me donner mon propre travail. »

C’est comme ça qu’est né Message personnel, son premier spectacle solo, celui que l’homme s’apprête à traverser l’océan pour présenter à Montréal, à l’occasion du festival Juste pour rire. Jessé y aborde sans détour et de manière hilarante son homosexualité, ses origines rurales, son histoire familiale et le harcèlement scolaire dont il a été victime. « Je crois que se raconter, c’est souvent aussi raconter les autres. En tout cas, c’est le pari que je fais chaque fois que je monte sur scène. Mes histoires sont personnelles, mais je suis convaincu qu’elles vont parler aux gens, qu’elles vont toucher quelque chose d’universel. »Être aimé pour qui on estDepuis 2022, l’humoriste a donné son seul-en-scène à 255 reprises dans des salles de plus en plus grandes en France, en Belgique et en Suisse. « Au début, explique-t-il, je montais sur scène en étant beaucoup moins libéré qu’aujourd’hui. J’avais un carcan, une espèce d’armure. J’avais peur, je me censurais, si bien que j’étais moins drôle en spectacle que dans la vie. Quand on nous a reproché depuis l’enfance d’être trop ceci ou trop cela, on a tendance à gommer, par exemple, ce que certains appellent nos manières efféminées. Il m’a fallu un an et demi pour comprendre que les gens dans la salle peuvent nous aimer pour qui on est. »