C’est une parution surprise qui intéressera nombre de mélomanes présents aux concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal les 15 et 16 avril derniers. Rafael Payare a enregistré la 7e Symphonie de Dmitri Chostakovitch avec l’Orchestre symphonique de San Diego.La 7e Symphonie de Chostakovitch, dite « Leningrad », sera publiée le 11 septembre sur étiquette Delos, un label américain qui renaît de ses cendres et appartient désormais au groupe belge Outhere, de Charles Adriaenssen, également propriétaire d’Analekta. Auparavant, on pourra l’entendre sur toutes les plateformes d’écoute en ligne à partir du 28 août.Si nous en parlons déjà aujourd’hui, c’est qu’elle fait partie de ces enregistrements choisis qui font le sel de l’offre d’Apple Music. Ce service se réserve certaines exclusivités et cet enregistrement en est une. Il y est diffusé depuis le 26 juin.
Il y a peut-être un lien avec le fait que l’Orchestre de San Diego et Payare avaient enregistré leur premier disque, la 11e Symphonie de Chostakovitch, pour Platoon, une sorte d’incubateur de « talents émergents » appartenant à Apple. Cette Onzième, parue en mai 2022, était le premier enregistrement de la carrière de Payare et le premier projet classique de Platoon. Il serait bien que Delos le publie sur support physique après cette Septième.Car, et les auditeurs habitués aux concerts Chostakovitch de Payare n’en seront pas surpris, cette « Leningrad » est une merveille à bien des égards. Le premier coup de chapeau va au trio d’ingénieurs du son Joel Watts, Ryan Nelson et Jason Chaney. Cette captation en public de mai 2025 au Jacobs Music Center est tout simplement un disque de démonstration hi-fi, réussite somptueuse rappelant les meilleurs enregistrements de Reference Recordings, dans la précision de la captation, l’ambitus dynamique et la richesse du spectre sonore (les graves !).Rouleau compresseurCette réussite technique est primordiale, car le Chostakovitch de Payare, on commence à le comprendre, en est beaucoup moins un qui crie et qui « déchire » qu’un qui broie. Tout repose sur un véritable tsunami sonore savamment organisé sur un développement implacable et maîtrisé de l’ampleur dynamique, qui démarre sur une étonnante lisibilité et la conserve. De ce point de vue, et même si Kurt Sanderling n’a jamais enregistré la Septième, Payare est un chostakovien beaucoup plus proche de Sanderling, qui bouscule l’auditeur avec patience et méthode, que de Rojdestvenski, qui distord les sons en autant de cris et d’agonies, il manque ici un peu d’incarnation dans la désolation extrême du grand solo de basson de la fin du 1er volet, mais ce regret est vite rattrapé par l’incroyable poids des pizzicatos ultimes.Le crescendo du 1er mouvement et surtout « l’apothéose finale » sont des moments qui vrillent l’âme. La fin présentée comme un pressentiment de la victoire sur le fascisme est aussi, en message subliminal, un hommage aux victimes broyées par les totalitarismes, quels qu’ils soient. C’est pour cela que le poids doit en être insoutenable, ce que Rafael Payare traduit si bien dans cette version qui se distingue par sa clarté et sa puissance.En 2023, dans un article « La symphonie “Leningrad”, miroir de notre monde ? », nous avions analysé l’œuvre et son contexte historique. Rappelons que la symphonie fut jouée le 9 août 1942 à Leningrad, au 335e jour d’un siège qui en dura 872 et qui fera près d’un million de victimes civiles. Pour son exportation, la partition voyagea par microfilms en partance pour l’Iran, transita par l’Irak, l’Égypte et traversa l’Afrique pour voguer vers les États-Unis, où l’attendait une cohorte de chefs. Koussevitzky, Ormandy, Stokowski et Rodzinski se disputèrent l’honneur de la première aux États-Unis, mais elle fut confiée à Toscanini et diffusée sur les ondes de NBC.Cet enregistrement est le premier fruit du système d’enregistrement intégré au nouveau Jacobs Center de San Diego, inauguré en octobre 2024, qui permet de capter tous les concerts et de proposer à la publication discographique les soirées particulièrement réussies. Et pour ceux qui seraient, légitimement, inquiets, le chef émet ici fort peu de bruits parasites (gémissements et autres). Nous en avons repéré un, épars, dans le 3e volet, sans aucune incidence sur ce remarquable succès.







