Le palais le plus célèbre du monde est en voie de devenir l’un des immeubles de bureaux les plus somptueux de la Grande-Bretagne. Le palais de Buckingham compte 775 pièces, 78 salles de bains, des œuvres d’art inestimables et des plafonds dorés. Il présente toutefois un inconvénient de taille : le roi Charles III ne veut pas y vivre.Pendant des années, les responsables du palais ont laissé entendre que Charles et Camilla ne résidaient à Clarence House, tout près, que provisoirement, en attendant l’achèvement de travaux de rénovation évalués à 369 millions de livres sterling, soit environ 695 millions de dollars canadiens. Ils reconnaissent maintenant que cette installation sera permanente.« Le roi et la reine ont décidé de ne pas faire du palais de Buckingham leur résidence personnelle et continueront plutôt d’utiliser Clarence House comme domicile londonien », a récemment déclaré aux journalistes James Chalmers, dont le véritable titre est gardien de la bourse privée du souverain.Autrement dit, il n’est pas prévu que les pantoufles royales déménagent au palais de Buckingham.Dissimulée dans le rapport financier annuel de la monarchie, l’annonce a dominé dans les tabloïds britanniques. « Un palais indigne d’un roi », a titré le Daily Express. Dans un sondage éclair, le Sun demandait à ses lecteurs : « Le roi a-t-il raison d’abandonner le palais de Buckingham ? VOTEZ MAINTENANT. »Selon les responsables royaux, la décision de Charles vise notamment à permettre au public d’accéder davantage au palais. Elle n’en marque pas moins une rupture nette avec une tradition vieille de près de deux siècles.Depuis que la reine Victoria a fait du palais de Buckingham sa résidence officielle, en 1837, tous les souverains britanniques y ont vécu. Charles, qui y est né, est le premier monarque à choisir de ne pas s’y installer.Le roi n’est pas la seule personnalité britannique de premier plan à remettre en question la vieille tradition consistant à « habiter au-dessus de la boutique », selon la formule restée célèbre de Margaret Thatcher.Andy Burnham a indiqué que, s’il devenait le prochain premier ministre britannique, comme beaucoup s’y attendent plus tard ce mois-ci, il partagerait sa semaine de travail entre Downing Street, à Londres, et Manchester, dont il a été le maire.Dans les deux cas, ces hommes envisagent les adresses les plus célèbres de la Grande-Bretagne davantage comme des lieux de travail que comme des domiciles.Les responsables insistent sur le fait que le palais de Buckingham demeurera le siège de la monarchie et continuera d’accueillir les grandes cérémonies, qu’il s’agisse des apparitions au balcon ou des banquets d’État.Dans le respect des traditionsDes centaines de personnes travaillent toujours au palais de Buckingham, y compris Charles. Au cours du dernier exercice financier, 827 activités officielles y ont été organisées, réunissant près de 97 000 invités, selon les comptes annuels publiés récemment.C’est là que sont accueillis les dirigeants étrangers et que sont remises les distinctions honorifiques. Les pelouses se remplissent lors des garden-parties, où des hommes en haut-de-forme et en habit côtoient des femmes coiffées de couvre-chefs élaborés.Le palais a souligné que rien de tout cela ne changerait.« Le palais continuera, dans le respect de toutes les traditions, d’être le cœur battant de la monarchie, mais non l’endroit où elle pose la tête pour la nuit », a déclaré un porte-parole du palais de Buckingham, sous le couvert de l’anonymat, conformément aux usages royaux. « Pour tout le reste, il demeurera une véritable ruche. »La distinction entre le palais comme domicile et le palais comme lieu de travail a été mise en évidence la semaine dernière, lorsque l’équipe du prince Harry a indiqué qu’il séjournerait au palais de Buckingham pendant une visite à Londres. Quelques minutes plus tard, les responsables royaux ont pratiquement dû corriger une alerte de dernière heure en précisant qu’il n’y logerait pas. Harry avait d’abord décliné une offre d’hébergement avant de tenter de l’accepter trop tard pour que puissent être prises les dispositions nécessaires en matière de personnel et d’accueil.Il ne s’agissait donc pas tant d’un « il n’y a plus de place à l’auberge » que d’un « désolé, les réservations sont closes ». Dans une résidence privée, quelqu’un aurait peut-être simplement préparé le lit d’une chambre d’amis. Au palais de Buckingham, en revanche, toute visite exige une planification minutieuse et l’intervention de nombreux employés.Il est possible que le palais ne redevienne jamais une résidence royale. Le prince William s’est lui aussi éloigné des palais londoniens, faisant de Forest Lodge, dans le grand parc de Windsor, la résidence principale de sa famille. Il aurait décrit l’endroit comme la demeure où les siens comptent s’installer « pour toujours ».
Rénové, le palais de Buckingham deviendra un très royal immeuble de bureaux
La famille du roi Charles III renonce à habiter le palais de Buckingham, brisant ainsi 200 ans de tradition.







