Cinéma “La fusion signifierait moins de voix qui osent dire la vérité aux puissants”, alertent les États démocrates, avec en tête le procureur général de Californie, Rob Bonta. Ces poursuites interviennent alors que le ministère américain de la Justice a validé l’opération de rachat mi-juin. Photo Justin Sullivan / Getty Images via AFP Publié le 14 juillet 2026 à 14h22 Dans le feuilleton qu’est devenu le rachat du studio hollywoodien Warner Bros Discovery, convoité par Netflix mais finalement obtenu par le conglomérat Paramount Skydance, le rebondissement annoncé en juin dernier vient d’avoir lieu : douze Etats américains attaquent en justice cette mégafusion approuvée par… le ministère américain de la Justice. Une action très politique menée par le démocrate Rob Bonta, procureur général de Californie, un État historiquement lié à l’industrie du cinéma, du divertissement et de l’information. C’est au nom du pluralisme et de la diversité dans la création qu’est lancé ce combat, présenté avec un esprit critique véhément par Rob Bonta dans un texte publié par Variety, la bible des professionnels américains du spectacle : « Donner autant de pouvoir à un seul média éliminerait la concurrence, ferait flamber les prix, nuirait à la qualité des contenus proposés et réduirait le nombre de films et de séries diffusés, écrit l’élu américain. Fusionner les chaînes d’information en continu signifierait moins de journalistes pour informer les électeurs et moins d’occasions pour les Américains d’accéder à une vision complète et diversifiée des sujets. La fusion signifierait moins de voix qui osent dire la vérité aux puissants et moins de documentaristes, de réalisateurs, de producteurs, d’auteurs et d’artistes qui mettent en lumière des histoires importantes trop souvent passées sous silence ». Préserver une industrie capable de nous faire rire, pleurer, nous interroger et nous inciter à agir Rob Bonta, procureur de Californie La validation par le ministère américain de la Justice d’un montage donnant naissance à un nouveau géant des médias avait été considérée comme une victoire pour Donald Trump, personnellement lié à la famille Ellison, les milliardaires qui possèdent Paramount. C’est bien le président américain que le procureur de Californie place au cœur de son recours antimonopolistique : « Nous poursuivons Paramount et Warner Bros. en justice afin de préserver une industrie capable de nous faire rire, pleurer, nous interroger et nous inciter à agir. Afin de protéger une industrie qui contribue à façonner notre identité, notre vision du monde et nos valeurs. […] Les monopoles confèrent un pouvoir excessif à une minorité. C’est pourquoi nous avons des lois antitrust pour les prévenir et encadrer les fusions. Des lois comme la loi Clayton, que cette fusion proposée enfreint. L’application du droit de la concurrence est le rempart démocratique contre l’oligarchie. Elle empêche les entreprises fortunées de manipuler le système et de tricher pour éliminer la concurrence. Elle empêche les milliardaires de s’attirer les faveurs du président pour qu’il exécute leurs ordres et choisisse arbitrairement les gagnants et les perdants, en contournant la loi et la méritocratie qui fait la prospérité de notre économie. Et elle empêche cette élite de se croire au-dessus des lois, alors qu’elle ne l’est pas ». Un porte-parole de Paramount n’a pas hésité à inverser l’accusation de concentration du pouvoir : « L’effet concret de ce procès est de protéger les grandes plateformes de streaming comme Netflix et les entreprises technologiques d’une concurrence tellement nécessaire ». Si l’argument peut paraître artificieux, il reprend celui du ministère américain de la justice, qui avait estimé que la fusion Paramount-Warner devrait avoir pour effet « d’accroître la compétition dans l’ensemble de l’écosystème des médias et du divertissement, avec des bénéfices pour les consommateurs et les travailleurs américains ». Le combat Rob Bonta et des onze alliés de la Californie n’est donc pas gagné d’avance. Mais il constituera une plateforme politique efficace pour donner sa chance à une autre vision du cinéma, de la télévision et de plateformes que celle qu’on voit, sous la gouverne de Trump, se mettre en place. À lire aussi : Rachat de Warner Bros. par Paramount : CNN en danger de “trumpisation” ? Cinéma États-Unis Warner Bros Plateformes Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? 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