Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Ci-gisent les bêtes L’épisode 2 sera disponible prochainement. Ci-gisent les bêtes L’épisode 2 sera disponible prochainement. Chronique Mara Goyet Ecrivaine « Ci-gisent les bêtes » (1/6). L’écrivaine Mara Goyet a arpenté le cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine. En six épisodes, elle partage ses tourments et questionnements, soulevés à la vue des tombes animales. Dans le premier volet, l’autrice déambule, perdue entre sarcasme et émotion. Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés « La Seine descend vers la mer, l’île immobile ne descend pas », Raymond Queneau. Me voici sur ce qui fut autrefois une île, celle des Ravageurs. C’est ici que fut édifié, en 1899, le fascinant cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), après qu’une loi avait interdit, l’année précédente, de laisser à l’abandon la dépouille des animaux. Un portail Art nouveau de l’architecte Eugène Petit témoigne de l’époque de cette création. A première vue, cela ressemble à un cimetière humain. C’est un havre de verdure et de marbre, d’allées entretenues et d’inscriptions en lettres dorées. Tout autour, il y a le béton de la ville mais aussi, en contrebas, la Seine. Et puis le silence de la mort et le bruit des voitures. Il ne faut cependant pas faire plus de trois pas pour se sentir déstabilisé par l’étrange miroir funèbre que nous renvoient ces tombes animales. Crapule aura-t-il donc un plus beau mausolée que moi ? Fut-il, comme le suggère l’épitaphe, davantage aimé que la plupart d’entre nous ? Ce cimetière, c’est un autre monde qui ressemble au nôtre. C’est aussi le monde des autres. Une sculpture, d’Arnaud Kasper, intitulée « Alter Ego » a été récemment installée devant la nécropole. Alter ego : un « autre moi ». On peut entendre cela comme un avertissement. Ce cimetière où reposent tant d’animaux (près de 800 concessions), depuis plus d’un siècle, où le pathétique débridé se mêle à la douceur poilue, où le kitsch et les larmes sont partout, va en effet nous mettre aux prises avec l’altérité : celle d’animaux, certes. Mais aussi celle d’humains endeuillés par d’autres morts que les nôtres, par des cris d’amour et de peine dont l’absolu interroge. « Mon bébé rose, mon ange » Evidemment, on peut choisir d’autres manières d’arpenter le cimetière. Il y a la piste de l’insolite : c’est en effet bien étrange de voir ces centaines de petites sépultures dotées de prénoms qui, une fois gravés dans le marbre, prennent un relief inattendu : Youpi, Pussy, Cochonette, Mac Do. Ces jouets pour animaux, ces balles, ces gamelles, cette pâtée dans son emballage en aluminium sont tellement surprenants. Il vous reste 30.95% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« A première vue, ce cimetière pour chiens ressemble à un cimetière humain »
CHRONIQUE. « Ci-gisent les bêtes » (1/6). L’écrivaine Mara Goyet a arpenté le cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine. En six épisodes, elle partage ses tourments et questionnements, soulevés à la vue des tombes animales. Dans le premier volet, l’autrice déambule, perdue entre sarcasme et émotion.






