Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Récits francophones Récits francophones Récits francophones Dans ce curieux ouvrage, l’autrice explore la relation entre l’homme et l’animal, à l’aune du lien qui l’unit à son chien Ziggy. Article réservé aux abonnés « Un chien arrive », de Camille Ruiz, Corti, « Biophilia », 192 p., 21 €. Dire d’Un chien arrive qu’il est à mi-chemin entre l’essai, le récit et la poésie pourrait laisser entendre que l’on n’y trouvera ni la rigueur d’une recherche bien construite et sourcée, ni l’agrément d’une prose soignée et tournée vers la forme. Or on rencontre l’une et l’autre dans ce texte hybride, où les sinueuses introspections de la poète Camille Ruiz viennent compléter les citations d’essais de philosophie pour interroger en profondeur et avec émotion la relation tissée entre l’humain et le chien, sous toutes ses faces, des plus fascinantes aux plus troublantes. Il suffit en effet que le chien aimé plonge son regard dans le nôtre pour faire l’expérience de son extrême altérité et de la volonté d’une entente réciproque. « Je lui ai appris à regarder les humains dans les yeux », déclare la poète à propos de Ziggy, son jeune golden retriever qui, comme tous ses semblables, passe son temps à interpréter le comportement de sa maîtresse, notamment en s’appuyant sur ce qui chez elle parle inconsciemment : les gestes, les traits du visage, l’odeur. Si une forme de compréhension pratique semble pouvoir s’installer entre le maître et son chien, une barrière hermétique demeure : la manière de percevoir le monde. Reprenant les thèses de Milieu animal et milieu humain, de Jakob von Uexküll (Rivages, 2010), Camille Ruiz conçoit l’environnement extérieur comme une collection d’objets distingués les uns des autres par les possibilités d’action qu’ils portent en eux. Ainsi, aux yeux des chiens, certains objets « se fondent dans le décor », et d’autres « resplendissent » de mille feux : une balle, une feuille virevoltante ou tout objet que le maître tient dans ses mains. La possibilité d’une « intoxication réciproque des milieux » est une évidence pour Camille Ruiz : l’objet doit être surveillé « pour ce qu’il représente dans le milieu de l’autre ». Il ne s’agit pas d’accéder au monde du chien, mais de le laisser exercer une influence sur le nôtre. Aussi la poète décrit-elle la façon dont les objets du milieu de Ziggy émergent dans le sien : c’est comme s’ils se présentaient à elle entourés d’un fin « halo ». L’imagination et la poésie ouvrent ainsi la possibilité d’un dépassement de l’altérité : Camille Ruiz veut « utiliser l’écriture pour dire qu’on se mélange et par elle se mélanger davantage ». Il vous reste 32.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Entre poésie et philosophie, « Un chien arrive », de Camille Ruiz, envisage le dépassement de l’altérité
Dans ce curieux ouvrage, l’autrice explore la relation entre l’homme et l’animal, à l’aune du lien qui l’unit à son chien Ziggy.







