Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Ci-gisent les bêtes L’épisode 3 sera disponible prochainement. Ci-gisent les bêtes L’épisode 3 sera disponible prochainement. Chronique Mara Goyet Ecrivaine « Ci-gisent les bêtes » (2/6). Qui a eu l’idée de créer le cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine, et pourquoi ? Retour dans le passé avec l’autrice Mara Goyet, qui s’y est baladé cet été. Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés « Il y a une tombe pour tout à condition d’attendre », Raymond Queneau. Il faut imaginer des animaux morts abandonnés dans un recoin, sur le sol ou des cadavres de chiens dérivant sur la Seine, les risques sanitaires encourus, ainsi que l’effroi que pouvaient ressentir les passants. Baudelaire en fit un poème : La Charogne. On peut aussi mesurer le contraste entre ces lentes et indignes décompositions animales et l’affection que les animaux de compagnie suscitaient en cette fin de XIXe siècle, aux soins et à l’amour que leurs maîtres leur prodiguaient. Cela ne pouvait plus durer. Une loi, en 1898, interdit ainsi de laisser à l’abandon les animaux morts et obligea chacun à confier sa dépouille à l’équarrisseur ou à l’enfouir selon des critères bien précis. Pour les Parisiens qui n’avaient pas de jardin et qui n’avaient pas le cœur à l’équarrisseur, la situation était difficile. C’est ainsi qu’est née l’idée d’édifier un cimetière pour animaux près de Paris. Pour des motifs hygiénistes, donc. Mais aussi sentimentaux : il paraît impensable de se débarrasser sans égard ni attention de celui qui est plus qu’une bête, presque un parent. Ainsi que moraux : la cause animale commence à être ardemment défendue (la SPA fut créée en 1845). Deux personnalités furent à l’origine de ce que l’on appelait alors « le cimetière des chiens », bien qu’il fût destiné tout aussi bien à d’autres animaux. L’un, Georges Harmois, était publiciste, directeur de la revue l’Avocat ainsi que du journal L’Ami des chiens. L’autre, la grande féministe Marguerite Durand, joua à la Comédie-Française et créa un journal resté célèbre, dont la direction était entièrement féminine, La Fronde. Tous les deux avaient le souci des marges et des opprimés dans un continuum d’avant-garde. Cette entreprise inédite n’avait donc rien d’une lubie. « Sottise dépravée » Elle suscita néanmoins nombre de railleries : « L’Amouracherie du toutou est une des formes modernes de l’humaine stupidité et une grotesque déviation du sentiment », pouvait-on par exemple lire dans La Croix en 1907. On évoqua une forme de « cynolatrie », de « sottise dépravée », des « attendrissements lyriques de salauds ». Il vous reste 29.73% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Le cimetière des chiens d’Asnières, avant de devenir un agréable lieu de visite, a suscité nombre de railleries »
CHRONIQUE. « Ci-gisent les bêtes » (2/6). Qui a eu l’idée de créer le cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine, et pourquoi ? Retour dans le passé avec l’autrice Mara Goyet, qui s’y est baladé cet été.






