Le centre hospitalier universitaire national de Fann, à Dakar, le 2 mars 2020. SEYLLOU/AFP

Au centre antidrogue Jacques Chirac de Thiaroye, en banlieue de Dakar, Mamadou Thiaw a appris à reconnaître les victimes du « guinz ». Hallucinations visuelles, comportements paranoïaques, angoisses subites… Dans son cabinet ce jour-là, il reçoit Abdou, 20 ans (le prénom a été changé). Le jeune homme présente tous les signes cliniques d’une addiction à ce puissant solvant industriel destiné à la peinture, inhalé sur des bouts de chiffons imbibés dans les quartiers pauvres de Dakar. « Abdou parle seul depuis plusieurs jours », rapporte son grand frère, assis à ses côtés.

Comme des dizaines de familles chaque mois, l’aîné a franchi les portes du centre pour demander de l’aide. « Nous recevons en moyenne 7 cas par semaine, estime Mamadou Thiaw, médiateur en santé. Ils arrivent désorientés. Beaucoup exercent des métiers pénibles, comme conducteurs de tchak tchak [motos] ou charretiers. » Abdou a été initié au « guinz » par son voisin, mototaxi lui aussi, incarcéré depuis. Il sera orienté vers le centre d’addictologie le plus proche, où il pourra bénéficier d’une prise en charge médicale et psychologique adaptée.