Un cadeau ne se refuse pas, encore moins quand il est offert par le pays hôte. Après la réunion des dirigeants des pays membres de l’Alliance à Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan a remis à chacun d'entre eux, mercredi 8 juillet, un cadeau de départ inhabituel : un revolver d'époque et des munitions réelles. Accompagnée d’une plaque portant l’inscription "Gumusay, le premier pistolet de type revolver fabriqué dans notre pays", en anglais et en turc, cette arme leur a été présentée dans un coffret en bois orné du drapeau de la Turquie et du logo de l’organisation transatlantique. Un Gumusay 357 Magnum en guise de cadeauSelon des images diffusées par le bureau du président lituanien Gitanas Nauseda, il s’agirait d’un Gumusay 357 Magnum, un revolver fabriqué par le fabricant d’armes turc MKE dans les années 1990. Un moyen de mettre en avant la puissance de l’industrie de la défense turque, devenue un levier essentiel tant pour les exportations que pour la politique étrangère. Il s'agit là d'un cadeau insolite mais pas anodin. Le porte-parole du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a notamment déclaré que tous les dirigeants avaient reçu le même modèle personnalisé, sur le canon duquel était gravé leur nom, accompagné de six munitions et d’une note dispensant les revolvers des contrôles à l’exportation. Des dirigeants déconcertés Ce cadeau quelque peu original a suscité l'incompréhension de plusieurs délégations présentes au sommet de l’Otan, consacré au réarmement des pays membres, aux relations avec Donald Trump, à l'Ukraine et à l'Iran.A son retour en Belgique, le Premier ministre Bart De Weder, a été surpris de découvrir qu’il avait un pistolet et des munitions dans ses bagages. Le chef du gouvernement belge "l’a immédiatement remis à la police de l’aéroport afin qu’il soit placé dans un coffre-fort sécurisé; l’affaire a été traitée conformément aux procédures en vigueur", a déclaré jeudi un responsable. Les services de sécurité belges se sont également occupés des revolvers remis aux dirigeants de l’Union européenne basés à Bruxelles, Antonio Costa et Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne était tout aussi étonnée par le cadeau et a "remercié le président Erdogan" pour ce présent, selon son porte-parole. Elle a l'intention de faire don de son revolver à un musée militaire, tandis que le chef du gouvernement grec prévoit de remettre la sienne au Musée de la Guerre d'Athènes.Le revolver offert au président polonais Karol Nawrocki est également arrivé à destination. Un collaborateur du chef de l’Etat a déclaré à la radio RMF FM que le pistolet était en attente de vérification à l’aéroport de Varsovie et qu'il serait conservé dans un endroit approprié "afin qu'il soit, d'une part, en sécurité et, d'autre part, respecté en tant que cadeau". "Il est certain que personne ne s'en servira pour tirer", a-t-il ajouté. Une situation qui fait écho à un antécédent resté dans toutes les mémoires. En 2022, le chef de la police polonaise avait ramené d'Ukraine un lance-grenade antichar qu'il avait reçu en cadeau. L’arme a par la suite explosé dans son bureau, causant d’importants dégâts au siège de la police à Varsovie. L'arme remise au Britannique Keir Starmer était quant à elle accompagnée d'un kit de nettoyage et de 500 balles, a indiqué une source de Downing Street. Le Premier ministre britannique est le premier à avoir évoqué le cadeau inhabituel offert par Recep Tayyip Erdogan. Les services des Premiers ministres néerlandais et suédois ont indiqué que leurs revolvers avaient été acheminés vers leurs ambassades respectives à Ankara. Le revolver néerlandais doit être mis hors d'état de fonctionner, tandis que le revolver suédois est en attente des formalités d'importation.De son côté, l'arme de la Première ministre italienne Giorgia Meloni a été rangée au siège du gouvernement, le Palazzo Chigi, aux côtés d'autres cadeaux d'Etat. Son homologue canadien Mark Carney, a quant à lui décidé de rendre inutilisable le revolver, ajoutant qu’il pourrait finir au musée national de la guerre.Pour l’heure, ni l’Elysée ni la Maison-Blanche ne se sont exprimés au sujet de leurs armes personnalisées. La production d’armes en Turquie, une industrie grandissante Ce cadeau se présente comme un moyen de mettre en lumière la puissance de l’industrie de l’armement turque, boostée dans un contexte de réarmement des pays membres de l’Otan. Entre 2019 et 2024, la Turquie était le troisième exportateur mondial d'armes légères, avec des exportations totalisant environ trois milliards de dollars sur cette période, derrière les Etats-Unis et l'Italie, selon l'organisation Small Arms Survey. Aujourd’hui, l'industrie turque moderne des armes de poing concurrence les plus grands producteurs européens, notamment les marques italiennes et belges, longtemps associées à des armes de sport et de service plus onéreuses. La production turque se concentre principalement sur les armes semi-automatiques, ce qui fait du Gumusay une sorte de curiosité de collectionneur.