À Château La Coste, Rashid Johnson et Sheree Hovsepian ajoutent de l'intime au monumental: trois expositions d'été où filiation, corps et amitiés redonnent chair à l'extraordinaire domaine provençal.Le résuméAu Château La Coste, près d'Aix-en-Provence, Rashid Johnson et Sheree Hovsepian signent deux solos et une exposition collective estivale.Leur travail introduit une dimension plus intime au site, centrée sur la filiation, le corps et l’amitié.Le parcours s’inscrit dans un domaine de 200 hectares qui compte 41 installations d’art entre vignes et pavillons d’architectes.Il y a des lieux que l'on croit connaître mais qui se livrent différemment à chaque fois. Posé au cœur des vignes provençales, le domaine d'art contemporain de Château La Coste est de ceux-là. On y découvre à chaque fois un organisme d'art, de nature et de culture qui continue à s'étendre entre les chênes, les pins, les cyprès, les oliviers et les rangs de vigne.L'épicentre est toujours le même: le bâtiment de Tadao Ando, avec ses plans d'eau angulaires et la rigueur méditative de ses tatamis de béton brut. De l'eau surgissent une araignée de Louise Bourgeois et un grand mobile de Calder. D'emblée, le ton est donné.Château La CosteAux voiturettes électriques qui sillonnent le domaine et conduisent directement aux trois expositions de l'été, on a préféré la marche sous le cagnard provençal, plan en main. La carte indique 41 installations d'art, autant que les cépages cultivés sur ce domaine de 200 hectares, à deux pas d'Aix-en-Provence, qui associe depuis des années parcours d'art permanent, pavillons d'architectes, expositions temporaires, restaurants et hôtel de luxe.À l'ombre des frondaisons, on passe du "Faux-pas" phallique de Franz West au "Ruyi Path" d’Ai Weiwei, un chemin sinueux qui mène vers "Dead End" de Sophie Calle, pierre tombale où l'on peut lire: "Ici reposent les secrets des promeneurs." Plus loin, le "Rail Car" de Bob Dylan déploie tout un imaginaire à la Tim Burton dans un ancien wagon de chemin de fer. Sur son promontoire, la chapelle de Tadao Ando fonctionne à merveille avec la croix rouge en perles de Murano de Jean-Michel Othoniel. Et l'on ne peut qu'être saisi de là-haut par la "Mater Earth" de Prune Nourry, maternité monumentale à moitié enfouie dans la terre nourricière du domaine viticole.Les artistes américains Rashid Johnson et Sheree Hovsepian.Pratique communautaireDans ce parcours souvent hiératique, spectaculaire, signé par les grands noms de l'art contemporain et de l'architecture, la triple proposition estivale de Rashid Johnson et Sheree Hovsepian apporte une dimension plus intime. Deux expositions personnelles, puis une exposition collective réunissant leur cercle d'amis artistes, curatée par eux-mêmes, dans l'idée d'une pratique artistique fondamentalement communautaire, fondée sur l'échange, la complicité et les relations qui se construisent dans le temps.C'est dans l'Auditorium Oscar Niemeyer que l'artiste afro-américain Rashid Johnson a installé le cœur battant de ce triptyque. Déjà montré au Guggenheim de New York en 2025, son film "Sanguine", tourné en 35 mm, explore les liens entre trois générations: l'artiste lui-même, son père et son fils. Rashid Johnson on "Sanguine" (2025)Comme dans les sculptures et le triptyque qui jouxtent l'auditorium, la couleur rouge y domine – celle des liens du sang, d’une spiritualité aux racines animistes qui se signalent par un jeu de masques africains entre les trois protagonistes. Dans la filiation, Johnson se place lui-même en position de vulnérabilité: entre son père guetté par la mort et son fils qui, déjà, prend sa relève.À côté de ce film qui touche par sa simplicité, ses sculptures en bronze rouge – table monumentale, chaises, bancs – sont plus énigmatiques dans leurs aspérités brutes. On y retrouve la forme en amande, récurrente chez Johnson, autant que dans son triptyque des "God Paintings" accroché au mur. Un espace que l'on devine ritualisé et un hommage à ses héritages africains.Le mobilier rituel de Rashid Johnson et son triptyque des "God Paintings". ©Rashid Johnson, ADAGP Paris, 2026, Photographe Stéphane Aboudaram l WEARECONTENT(s)50Trois totems de bronzeÀ l'opposé du site, dans le pavillon de Renzo Piano, Sheree Hovsepian, d'origine iranienne, répond par un autre rapport au corps. Les trois figures féminines de ses "Avatar Series", réalisées pour Château La Coste, forment trois totems de près de trois mètres de haut qui s’élancent dans un mouvement hélicoïdal. Un défi à la matière.Ses assemblages muraux en forme de ready-made séduisent moins immédiatement. Ils combinent photographies en noir et blanc, objets, ficelles tendues, céramique, clous, velours, évoquant parfois Man Ray, par leurs fragments de corps et leur mystère."Avatar Series" de Sheree Hovsepian, réalisées pour Château La Coste, au pavillon Renzo Piano. ©Stephane Aboudaram | WEARECONTENTSEnfin, le "group show", installé dans le container en lévitation de Richard Rogers, réunit des amis de Johnson et Hovsepian, majoritairement Américains et Latino-Américains.Au menu, Nicolas Party et Rob Davis, qui réaniment la nature morte chacun à sa manière; Tyler Mitchell qui photographie des corps noirs sereins; Annie Morris qui empile, comme plus loin sur le site, des formes colorées en équilibre instable. Quant à Henry Taylor, il peint des anonymes rencontrés au Sénégal et leur donne la dignité d'un portrait.Aucun point commun entre eux sinon l'amitié, la communauté, l'ouverture d'esprit et le sens du partage. Et c'est précisément ce qu'ajoutent ces trois expositions temporaires au site monumental de Château La Coste. Un supplément de vie.Le "group show" est installé dans le container en lévitation de Richard Rogers. ©Stéphane AboudaramAprès les arts, les arts de la table chez L'ItalienChâteau La Coste écoule sa production de blancs réputés dans les quatre tables de son site. On s’est arrêté à L’Italien pour la fraîcheur d’un platane. Bien nous en a pris avec des agnolotti en suggestion, farcis à la ricotta et rafraîchis par une jolie sauce au citron et à l’huile d’olive… et le Grand Vin blanc bien sec de La Coste.Pour info, la pâte à pizza, qui pousse avec le levain du chef, mature 24 heures avant de passer au four à bois... (X. F.)
À Château La Coste, l'art a repris chair
À Château La Coste, Rashid Johnson et Sheree Hovsepian ajoutent de l'intime au monumental: trois expositions d'été où filiation, corps et amitiés redonnent chair à l'extraordinaire domaine provençal.








