De Porquerolles à Château La Coste, les fondations d’art du Sud transforment la visite en voyage: vignes, jardins, architectures, tables et beauté en partage, jusqu’au Pop Art pieds nus de la Villa Carmignac.Le résuméLe Sud de la France se visite ici comme un réseau de fondations, de domaines, de jardins et de tables qui valent le détour.Carmignac joue l’immersion sensorielle; La Coste, le dialogue art-architecture-vin.Les haltes annexes élargissent votre route des arts, de Maeght à Hartung-Bergman.Dans le Sud, les fondations d’art ne sont plus seulement des lieux d’exposition. Elles deviennent des paysages à traverser: on y arrive par la mer, on marche entre les vignes, on traverse des architectures, on s’arrête à table, on reprend la route.De la Villa Carmignac, à Porquerolles, au domaine monumental de Château La Coste, près d’Aix-en-Provence, l’art contemporain s’expose autant qu’il se met en scène. Autour, d’autres haltes composent une carte sensible: Fondation Maeght, Venet Foundation, Commanderie de Peyrassol, Villa Datris, Fondation Hartung-Bergman. Une autre manière de vivre l’été: en suivant les œuvres, les jardins, les tables et les détours.La Villa Carmignac sur l'île de Porquerolles. ©Droits réservés1. À Porquerolles, le Pop Art se visite pieds nusQuinze minutes de traversée suffisent à nous mettre dans un état second. On quitte Hyères, dans le Var, pour le petit port de l'île de Porquerolles. Puis le port s’efface à son tour: façades claires du village, promeneurs, cyclistes, route en macadam, chemin de terre et, bientôt, cette vue du littoral à couper le souffle.Le chemin qui mène à la Villa Carmignac nous réserve une haie d’honneur amusante: six requins en plastique de Cosima von Bonin jouant de la guitare électrique ou tenant dans leur gueule un missile. À première vue, rien ne laisse supposer qu’il y a un musée au bout de l’allée. La villa se présente d’abord comme un authentique mas provençal, posé sur les hauteurs, ceint de vignes, d’oliviers, de pins et de cannes de Provence.Exposition "Sea Pop & Sun" à la Villa Carmignac : plongée dans le Pop Art, version plage et vacancesSon côté spectaculaire se révèle au-dessous, dans un enchevêtrement de salles creusées sous la maison, sur deux niveaux, autour d’un patio central couvert d’un plafond d’eau transparent qui fait miroiter la lumière au-dessus des œuvres. Avant d’entrer, il faut se déchausser. Un geste qui désarme le visiteur et décuple la sensation physique au moment d’entamer le parcours de "Sea, Pop & Sun".Le parcours fonctionne comme une playlist: "Lucy in the Sky with Diamonds", "California Dreamin’", "Good Vibrations"… Chaque chanson donne un mood à la salle qu’elle baptise. Dans "Waterloo Sunset", tout commence sous le soleil avec quatre sérigraphies commandées à Warhol pour l’hôtel Marquette de Minneapolis. Elles font face à un sublime vitrail en forme de lever du jour signé Lichtenstein.Evelyne Axell, Ice Cream 1, 1964 Huile sur toile, 80 x 70 cm Collection privée, Belgique ©Paul LouisLe pop art, version féministePlus loin, les nanas gonflables de Niki de Saint Phalle, les bouches porno provocantes de Marjorie Strider et les plexis sensuels de la Namuroise Evelyne Axell (photo ci-dessus) rappellent que le Pop Art marque aussi la lutte pour la reconnaissance des droits des femmes et leur émancipation.Nos coups de cœur vont aux œuvres récentes: "SeaClock", l’immense sculpture de sable de Théo Mercier, massive comme du béton; le homard acrobate de Jeff Koons, fausse baudruche entre nasse de pêche et chaise de Duchamp; ou la course solaire d’Olafur Eliasson dans une enfilade de verres colorés. Plus haut, au Fort Sainte-Agathe, Julian Charrière nous fait basculer dans une expérience méditative. On était venu voir du Pop Art; on repart avec du soleil sous les paupières."La généalogie du rêve" de Julian Charrière au Fort Sainte-Agathe de PorquerollesAprès les arts, les arts de la table au Poisson IvrePlantés sur des coteaux de schiste et d’argile, les cépages du Domaine La Courtade, sur le pourtour de la Villa Carmignac, profitent de l’air marin pour ioder rolle, mourvèdre et grenache, et faire chanter un trio de Côtes de Provence. Un parti que prend le chef Hugo Mancel pour décliner ses produits de saison à sa table du Poisson Ivre. Les poissons se font la part belle des assiettes en grès, mises en couleurs très pop (c’est le thème de l’expo de la Villa Carmignac, lire ci-dessus) avec force herbes, épices et condiments, comme la graine de moutarde qui rehausse des sauces maîtrisées au cordeau. On revisite ici la cuisine de food-truck mais on sent qu’il ne faudrait pas trop pousser le chef pour virer gastro… Il pourrait alors vous servir le clou du domaine, la "Cuvée immergée", avec ses concrétions qui lui donnent l’air de sortir d’un vieux galion (comptez 95 euros la bouteille… à la boutique). Quant aux desserts, surprise garantie avec un cuisinier qui peut sucrer... céleris et artichauts.Le cadre exceptionnel du Poisson ivre, en contrebas de la Villa Carmignac. ©Droits réservésChâteau La Coste et ses trois expositions estivales. ©Droits réservés2. À Château La Coste, l’art a repris chairIl y a des lieux que l’on croit connaître mais qui se livrent à chaque fois différemment. Posé au cœur des vignes provençales, le domaine d’art contemporain de Château La Coste est de ceux-là. On y découvre un organisme en expansion, un être vivant d’art et de culture qui continue à pousser entre les chênes, les pins, les cyprès, les oliviers et les rangs de vigne.L’épicentre reste le bâtiment de Tadao Ando, avec ses plans d’eau angulaires et la rigueur méditative de ses tatamis de béton brut. De l’eau surgissent une araignée de Louise Bourgeois et un grand mobile de Calder. D’emblée, le ton est donné."Drop" de Tom Shannon au Château La Coste (Provence)Aux voiturettes électriques qui sillonnent le domaine, on a préféré la marche sous le cagnard provençal, plan en main. La carte indique 41 installations d’art autant que les cépages cultivés sur place. C’est ça Château La Coste: faire dialoguer art contemporain, architecture et vin sur 200 hectares, à deux pas d’Aix-en-Provence, entre parcours permanent, pavillons d’architectes, expositions temporaires, restaurants et hôtel de luxe.À l’ombre des frondaisons, on passe du "Faux-pas" phallique de Franz West au "Ruyi Path" d’Ai Weiwei, qui mène vers "Dead End" de Sophie Calle, pierre tombale où l’on peut lire: "Ici reposent les secrets des promeneurs." Plus loin, le "Rail Car" de Bob Dylan déploie tout un imaginaire à la Tim Burton dans un ancien wagon de chemin de fer.Art communautaireDans ce parcours souvent hiératique, spectaculaire, signé par les grands noms de l’art et de l’architecture, la triple proposition estivale de Rashid Johnson et Sheree Hovsepian apporte quelque chose de plus intime: deux expositions personnelles, puis un "group show" réunissant leur cercle d’amis artistes.Sheree Hovsepian dans le Pavillon Renzo Piano. ©Stephane Aboudaram | WE ARE CONTENT(S)Dans l’Auditorium Oscar Niemeyer, Rashid Johnson installe le cœur battant du triptyque. Son film "Sanguine", tourné en 35 mm, explore les liens entre trois générations: l’artiste, son père et son fils. Des gestes simples prennent vite la forme d’un rituel. On se tient la main, on se passe de la crème solaire, on se transmet quelque chose qui n’a pas besoin d’être nommé.À l’opposé du site, dans le pavillon Renzo Piano, Sheree Hovsepian répond par un autre rapport au corps. Ses trois figures des "Avatar Series" forment des totems de bronze de près de trois mètres, lancés dans un mouvement hélicoïdal. Un défi à la matière. Enfin, dans la Richard Rogers Gallery, les amis de Johnson et Hovsepian complètent le cercle. Aucun point commun entre eux sinon l’amitié, la communauté, l’ouverture d’esprit et le sens du partage. Un supplément de vie.Quatre autres fondations à faire dans la région. ©Droits réservés3. Fondation MaeghtLe grand classique azuréen garde intact son pouvoir d’attraction: Miró, Giacometti, les bassins, les pins et l’architecture moderniste de Josep Lluís Sert. L’été y ajoute une actualité forte avec "Ellsworth Kelly – Aux bords de l’eau", qui explore le lien de l’artiste américain à la mer, aux reflets, aux surfaces et à la lumière. Kelly avait aussi tissé des liens durables avec la famille Maeght. Une halte patrimoniale, mais vive.4. Venet FoundationAu Muy, la Venet Foundation offre un parcours aussi monumental que les mikados géants en acier Corten de Bernar Venet. Dans le domaine privé qu’il a conçu avec sa femme Diane, on flâne entre un parc de sculptures, une galerie, une ancienne usine, les œuvres monumentales, l’art minimal et conceptuel à ciel ouvert. Cet été, l’exposition "Dan Flavin: De simples tubes fluorescents" explore, de 1963 à 1990, l’espace flottant produit par la lumière, les angles, les murs et la couleur industrielle. Une visite initiatique, dans un espace moins institutionnel que mental.5. Commanderie de PeyrassolÀ Peyrassol, l’art se fraie un chemin entre les vignes, les pierres blondes et la lumière varoise. En 2026, la Commanderie célèbre les 25 ans de la Collection Philippe Austruy, du parc de sculptures au centre d’art, avec une réserve désormais visitable. Et c’est là que nous sommes tombés nez-à-nez sur une sculpture tragique de la Flamande Berlinde de Bruyckere…6. Villa DatrisÀ L’Isle-sur-la-Sorgue, surnommée «la Venise provençale», la Villa Datris garde son cap: la sculpture contemporaine dans une maison ouverte sur le jardin. L’exposition 2026, "Méditerranée, Odyssées contemporaines", réunit 74 artistes de 20 pays autour d’une mer carrefour: mythes, exils, migrations climatiques, mémoires, gestes et langues partagés. À Paris, l’Espace Monte-Cristo, lié à la Fondation, prolonge le geste avec "Diseuses de silence", exposition consacrée à 21 sculptrices. Une escale sur le chemin des fondations du Sud?Marcelle Driesen, l'ancienne cuisinière du couple Hartung-Bergman continue de régaler leur fondation. ©Antonio Martinelli7. L'insolite: Hans, Anne-Eva… et leur cuisinièreSur les hauteurs d’Antibes, la Fondation Hartung-Bergman abrite ses secrets modernistes: cubes blancs, pins, oliviers, ateliers, archives et cette lumière crue qui semble faite pour l’abstraction. Ouverte au public depuis 2022, elle conserve dans leur unité les espaces de création et la mémoire quotidienne de Hans Hartung et Anna-Eva Bergman, deux peintres majeurs de l’abstraction au XXe siècle.Mais le charme du lieu tient aussi à un détour plus domestique: Chez Marcelle, la cafétéria installée dans l’ancien garage et tenue par Marcelle Driesen, qui fut la cuisinière du couple pendant une quinzaine d’années, avant de continuer à nourrir la fondation. Oubliez les restos de musée standardisés. Place à quelques tables, des parasols, les cigales pour playlist, et une cuisine de marché sans chichis.Pissaladière à tomberMarcelle sert des salades selon l’inspiration du jour, une pissaladière à tomber, des biscuits véganes parfumés aux agrumes ou à la noisette. La vinaigrette au trait de citron bénit l’assiette de sa franchise provençale et se moque bien du lapin aux pruneaux et de la tête de veau sauce gribiche de Hartung, ou du saumon gravlax et des salades de harengs de Bergman. Aujourd’hui, Marcelle ne passe plus les plats, c’est elle l’artiste!173, chemin du Valbosquet, 06600 Antibes: fondationhartungbergman.fr
Flâneries estivales: 7 fondations d'art du Sud de la France à la carte
De Porquerolles à Château La Coste, les fondations d’art du Sud transforment la visite en voyage: vignes, jardins, architectures, tables et beauté en partage, jusqu’au Pop Art pieds nus de la Villa Carmignac.







