À la Villa Carmignac, l'exposition "Sea, Pop & Sun" réunit près de 80 œuvres, de Warhol à Lichtenstein, Evelyne Axell, Jeff Koons ou Théo Mercier. Une traversée pieds nus entre Pop Art, mer et jardin.Quinze minutes de traversée suffisent à nous mettre dans un état second. On quitte Hyères, dans le Var, pour le petit port de l'île de Porquerolles. Puis le port s’efface à son tour: façades claires du village, promeneurs, cyclistes, route en macadam, chemin de terre et, bientôt, cette vue du littoral à couper le souffle...Ce chemin qui mène à la Villa Carmignac nous réserve une haie d’honneur amusante: les six requins en plastique de Cosima von Bonin jouant de la guitare électrique ou tenant dans leur gueule un missile. On pense spontanément à l’autoportrait de Martin Parr, qui s’était représenté dans la gueule d’un squale. Parr dont on retrouve une autre photographie dans la 9ᵉ exposition de la Fondation Carmignac, "Sea, Pop & Sun".Exposition "Sea Pop & Sun" à la Villa Carmignac : plongée dans le Pop Art, version plage et vacancesÀ première vue, rien ne laisse supposer qu'il y a un musée au bout de l'allée. La villa se présente d'abord comme un authentique mas provençal, posé sur les hauteurs, ceint de vignes, d'oliviers, de pins et de cannes de Provence. Son côté spectaculaire se révèle au-dessous, dans un enchevêtrement de salles creusées sous la maison, sur deux niveaux, et articulées autour d’un patio central couvert d'un plafond d'eau transparent qui fait miroiter la lumière au-dessus des œuvres.Avant d'entrer, il faut se déchausser. Un geste qui désarme le visiteur, désamorce ses attentes et décuple sa sensation physique au moment d'entamer le parcours d'exposition. L'exposition de l'été, "Sea, Pop & Sun", qui se poursuit jusqu'au 1ᵉʳ novembre, épouse parfaitement ce dispositif. Son titre détourne le tube de Gainsbourg pour nous remettre dans toute l’atmosphère pop de la fin des années 1960 et du début des années 1970, dont la collection d’Édouard Carmignac contient quelques joyaux – dont quantité de Lichtenstein à couper le souffle – et témoigne de la grande époque de l'homme d'affaires français qui a fait fortune dans la gestion d'actifs. À New York, où il faisait son MBA, en 1972, il est si proche de la Factory de Warhol que Basquiat le représente nommément dans l'un de ses tableaux…Une erreur est survenueVeuillez actualiser cette pageSublime "Crying Girl" (1964) de Roy Lichtenstein. Porcelaine émaillée sur acier, 116,8 x 116,8 cm, collection Carmignac. ©Estate of Roy Lichtenstein New York / ADAGP, Paris, 2026La playlist des œuvresLe parcours de l'exposition fonctionne comme une playlist: "Lucy in the Sky with Diamonds", "California Dreamin’", "Good Vibrations"… Chaque chanson donne un mood à la salle qu'elle baptise. Dans la première, "Waterloo Sunset", tout commence sous le soleil avec quatre des 632 sérigraphies commandées à Warhol pour décorer l'hôtel Marquette de Minneapolis. Elles font face à un sublime vitrail en forme de lever du jour signé Lichtenstein.Plus loin, l'exposition laisse entrevoir autre chose qu'un simple panégyrique de ce courant de l'histoire de l'art qui incarne autant qu'il exalte la société de consommation. Les nanas gonflables de Niki de Saint Phalle, les bouches porno provocantes de Marjorie Strider et les plexis sensuels de la Namuroise Evelyne Axell rappellent aussi que le Pop Art marque la lutte pour la reconnaissance des droits des femmes et leur émancipation.Ce regard féministe est l'un des moteurs du parcours. D'autres artistes femmes, comme Tschabalala Self, Sylvie Fleury ou Tracey Emin, poursuivent ce combat et ancrent l’exposition dans la modernité la plus immédiate."Acrobat" (2003-2009) de Jeff Koons. Aluminium polychrome, acier galvanisé, bois, paille, 228,9 x 148 x 64,8 cm. Collection Carmignac. ©Jeff Koons | Photo: droits réservésLe homard acrobate de Jeff KoonsNos coups de cœur vont d'ailleurs aux créations récentes, à commencer par "SeaClock", l'immense sculpture de sable de Théo Mercier, massive comme du béton. Elle agrège coquillages, fragments industriels, pneus, formes marines, et se laisse transpercer par des fers à béton dans une réinterprétation sous-marine du mythe de saint Sébastien. Quant à l'immense fresque aquatique de Miquel Barceló, dont l'imposante figure d'Alycastre, gardienne mythologique de la Fondation, nous avait accueillis à l'entrée, elle se regarde comme des "Nymphéas" de Monet. En immersion."Not Yet Titled" de Miquel Barceló à la Fondation Carmignac de PorquerollesOn rit devant le homard acrobate de Jeff Koons, fausse baudruche en équilibre entre une nasse de pêche et une chaise à la Duchamp. On se pâme devant un sublime Olafur Eliasson qui évoque la course du soleil à travers une enfilade de verres colorés, soufflés et simplement posés sur une branche de bois flotté accrochée au mur.Expériences immersivesLe jardin remarquable de la Villa Carmignac prolonge ce parcours sensoriel à travers les œuvres qui surgissent des frondaisons, comme l'extraordinaire labyrinthe de miroirs de Jeppe Hein, qui nous invite à nous perdre en nous-mêmes. Plus haut, au Fort Sainte-Agathe, "Les géologies du rêve" de Julian Charrière, artiste engagé dans la cause environnementale, nous fait basculer dans une expérience méditative. Son bloc d'onyx lumineux, suspendu, transperce les paupières de visiteurs allongés en cercle. Comme un phare intérieur. On était venu voir du Pop Art; on repart avec du soleil sous les paupières."La généalogie du rêve" de Julian Charrière au Fort Sainte-Agathe de PorquerollesAndy Warhol, "Sunset" (1972). Sérigraphie sur papier, 86,4 × 86,4 cm. ©Andy Warhol / ADAGP, Paris, 2026 | Photo: droits réservés
À Porquerolles, le Pop Art se visite pieds nus
À la Villa Carmignac, l'exposition "Sea, Pop & Sun" réunit près de 80 œuvres, de Warhol à Lichtenstein, Evelyne Axell, Jeff Koons ou Théo Mercier. Une traversée pieds nus entre Pop Art, mer et jardin.








