À l’heure où de nombreux Canadiens profitent de quelques jours de vacances bien méritées, Mark Carney ne peut pas en dire autant. Alors qu’il vient d’annoncer le nom de l’entreprise qui fournira au Canada sa nouvelle flotte de sous-marins, le premier ministre pourrait prochainement lever le voile sur un autre dossier crucial pour le réalignement stratégique du pays.M. Carney doit en effet se prononcer sur le parc d’avions de chasse qui remplacera les vieux F-18 de l’Aviation royale canadienne. Si la commande initiale prévoyait l’achat de 88 F-35 à l’entreprise américaine Lockheed Martin, le premier ministre procède, depuis mars 2025, à son réexamen.Aujourd’hui, plusieurs options sont sur le bureau du premier ministre Carney : honorer la commande initiale de 88 F-35 dans sa totalité, l’honorer en y ajoutant une flotte de Gripen suédois, la réduire en y intégrant une plus large part de Gripen… ou encore regarder du côté de ses alliés japonais et européens et participer à un nouveau programme de mise au point d’un chasseur de sixième génération.Le meilleur avion du monde (quand il vole)La majorité des experts militaires s’entendent sur le fait que le chasseur de Lockheed Martin représente actuellement le meilleur avion sur le marché. C’est aussi ce que croit la sénatrice Rebecca Patterson, première femme vétérane des Forces armées canadiennes nommée au Sénat du Canada. Elle défend l’intégration des F-35 américains.« Il s’agit de mettre en place un écosystème de cinquième génération qui englobe tout — de l’espace aux drones, en passant par les avions de chasse, les systèmes de détection, les radars, etc. — et qui s’intègre de manière transparente non seulement au Canada, mais aussi parmi nos principaux alliés, [notamment] au sein de l’OTAN ou du NORAD », explique-t-elle au Devoir.D’après Mme Patterson, il est trop tard pour faire machine arrière.« Que cela nous plaise ou non, l’intégration des F-35 est en train de se produire. Le Canada a été l’un des pays fondateurs de la technologie qui va de pair avec cet appareil. Nous utilisons des avions de chasse de cinquième génération F-35 depuis 2006. C’est donc un travail qui est en cours depuis des années. »Pourtant, le F-35 est loin d’offrir au Canada toutes les garanties possibles, notamment parce que la version achetée par le Canada est encore en phase de développement.« Sa disponibilité opérationnelle se situe autour de 25 % présentement. Il y a beaucoup de difficultés à surmonter. C’est un avion qui coûte hyper cher à exploiter », prévient Justin Massie, professeur de science politique à l’UQAM.De plus, le chasseur présente de facto un problème de dépendance vis-à-vis des États-Unis, qui pourraient décider, en cas de conflit avec la Russie, par exemple, de rendre les F-35 du Canada inopérants.Miser sur une flotte élargie ?À ce jour, le Canada a officiellement acheté 16 des 88 chasseurs américains, et 14 autres devraient suivre. Reste maintenant à savoir si Mark Carney voudra honorer totalement la commande initiale de 88 appareils, et s’il lui ajoutera une deuxième flotte, notamment de Gripen suédois.