Malgré les promesses de création d’emplois et de renforcement de la sécurité énergétique, le nouveau projet d’oléoduc présenté par l’Alberta et l’Ontario au nom de l’unité nationale a peu de chances d’aboutir, estime un spécialiste du secteur pétrolier.Le corridor énergétique Northern Shield, un projet d’oléoduc de 3300 kilomètres dévoilé lundi par la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, et le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, est présenté comme un moyen de réduire la dépendance du Canada à l’égard des marchés étrangers, d’accroître l’approvisionnement des raffineries de Sarnia, de créer des emplois et de renforcer la sécurité nationale. Selon Richard Masson, ancien président de l’Alberta Petroleum Marketing Commission, le projet a toutefois peu de chances de voir le jour.« Ce projet n’a pratiquement aucune chance de réussir », a-t-il affirmé au National Observer lors d’une entrevue téléphonique, ajoutant qu’il était « étonnant qu’on l’ait même annoncé ».L’oléoduc transporterait jusqu’à 500 000 barils supplémentaires de pétrole par jour vers Sarnia, en plus de la capacité actuelle de la canalisation 5 d’Enbridge, avec la possibilité d’atteindre 800 000 barils par jour. Selon Mme Smith, cette capacité additionnelle contribuerait à l’objectif qu’a l’Alberta de doubler sa production pétrolière. Encore faut-il qu’il existe un marché pour absorber ces volumes.« Il n’y a pas de marché à Sarnia pour davantage de pétrole. Les raffineries y reçoivent déjà tout le pétrole dont elles ont besoin par l’entremise du réseau d’Enbridge en provenance de l’Ouest canadien », soutient M. Masson.Une autre question se pose : un nouvel oléoduc pourrait-il imposer des droits de transport suffisamment bas pour que son pétrole demeure concurrentiel auprès des raffineries ontariennes ? C’est l’interrogation soulevée par Kent Fellows, professeur agrégé à l’École de politiques publiques de l’Université de Calgary.Selon lui, cette annonce suscite un « optimisme prudent », mais il faudra d’abord répondre aux importantes questions économiques qu’elle soulève.Les projets existants dans les sables bitumineux augmentent déjà leur production, mais ils ne pourront probablement pas, à eux seuls, permettre à l’Alberta d’atteindre son objectif de doubler sa production, explique M. Fellows. Il faudrait pour cela investir massivement dans de nouveaux projets.Or, depuis l’effondrement des prix du pétrole en 2014, un tel pari est devenu beaucoup plus difficile à justifier. Les risques sont plus élevés et les investisseurs veulent être certains de récupérer leur mise.« Je ne sais pas dans quelle mesure de nouveaux oléoducs changeraient véritablement la donne, mais ils constituent assurément une condition nécessaire pour soutenir une hausse de production de cette ampleur, dit-il. Ils pourraient toutefois ne pas être suffisants. »À l’heure actuelle, personne dans l’industrie n’envisage de construire une nouvelle mine de sables bitumineux, affirme M. Masson. Les entreprises privilégient plutôt des projets d’expansion plus modestes, de l’ordre de 60 000 barils par jour, ce qui représente déjà un investissement majeur dans le contexte actuel.« La première ministre veut doubler la production et souhaite peut-être planifier à long terme, mais si l’industrie estime qu’elle devra assumer le coût de plusieurs oléoducs de dizaines de milliards de dollars, financés par les droits de transport, cela ne l’aidera pas nécessairement à atteindre cet objectif », dit-il.
Un expert met en doute les chances de succès de l’oléoduc de l’Alberta et de l’Ontario
Aucune estimation des coûts du projet n’a encore été rendue publique.












