Le mégaprojet phare de captage et de stockage du carbone Pathways, en Alberta, captera un quart moins de CO2 que ce qu’avait d’abord promis le consortium des sables bitumineux autorisé à construire ce complexe de plus de 20 milliards de dollars, selon le « grand compromis » énergétique conclu la semaine dernière entre Ottawa et la province.Enfouie dans l’accord de mise en œuvre annoncé vendredi par le premier ministre Mark Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, se trouve une clause qui ramène l’objectif de captage du projet à 16 millions de tonnes par année d’ici 2035, contre les 22 millions de tonnes par année initialement promises pour 2030. Aucun des deux dirigeants n’a mentionné cette cible révisée lorsqu’ils ont annoncé l’entente à Calgary la semaine dernière.Le projet de CSC Pathways — un vaste réseau d’installations de captage du CO2 dans les champs pétroliers au nord d’Edmonton, reliées par pipeline à un centre d’injection souterrain — est développé par l’Oil Sands Alliance, anciennement Pathways Alliance, un consortium regroupant cinq sociétés pétrolières.Ce gigantesque projet de CSC, le plus important en développement dans le monde, constitue l’une des pierres d’assise de la stratégie de l’industrie pétrolière et gazière pour compenser les émissions liées à l’expansion future de la production en Alberta.La réduction de la cible de captage survient alors que le projet de CSC Pathways fait l’objet d’un examen serré en raison d’impacts environnementaux potentiellement catastrophiques, qui jettent un doute sur sa capacité à freiner la hausse des émissions du secteur pétrolier et gazier, d’autant plus qu’un nouveau pipeline Alberta–Colombie-Britannique d’un million de barils par jour est proposé dans l’entente énergétique.À Calgary, M. Carney a affirmé que la production future de ce qu’il a appelé des barils de pétrole et de gaz « décarbonés » « dépend de Pathways ».Des émissions plus élevées dans les sables bitumineux ?Selon M. Carney, le projet de CSC réduirait les émissions de CO2 issues de la production des sables bitumineux dans une proportion équivalant au retrait de 90 % des véhicules des routes de l’Alberta. Il générerait aussi plus de 16 milliards de dollars en retombées économiques et créerait plus de 50 000 emplois en Alberta et au Canada.« Le Canada a été clair : nous ferons croître l’économie tout en réduisant nos émissions. Les engagements pris dans le protocole d’entente Canada-Alberta et la détermination des deux gouvernements à travailler ensemble à sa mise en œuvre, notamment avec l’Oil Sands Alliance sur le projet Pathways, qui est une condition préalable à un éventuel pipeline vers la côte ouest du Canada pour desservir les marchés asiatiques », a déclaré Charlotte Power, porte-parole de Ressources naturelles Canada, au Canada’s National Observer.« Pour bâtir un avenir solide pour le Canada et progresser dans l’atteinte de nos objectifs en matière de climat, de souveraineté et de diversification commerciale, nous devons adopter une approche collaborative avec les provinces et les territoires — ce protocole d’entente est la façon dont nous faisons avancer ce travail », a-t-elle ajouté.De nombreux groupes d’analyse des politiques climatiques et énergétiques se montrent toutefois très sceptiques. Après avoir examiné divers scénarios avant la signature du protocole d’entente Ottawa-Alberta en novembre dernier, l’Institut Pembina a conclu que l’accord désormais finalisé produirait, selon sa modélisation, les « émissions absolues les plus élevées des sables bitumineux » — plaçant le secteur sur une trajectoire de 89 mégatonnes de CO2 par année d’ici 2035.Les progrès du Canada en matière de réduction des émissions ont ralenti en 2024, surtout en raison d’une hausse des émissions du secteur des combustibles fossiles, selon des données fédérales publiées le mois dernier. La production pétrolière et gazière a représenté 30 % des 685 mégatonnes de gaz à effet de serre émises cette année-là.Le projet de CSC Pathways pourrait entraîner « l’afflux de milliards de dollars en capitaux privés en Alberta, contribuer à pérenniser le secteur des sables bitumineux et aider le Canada à atteindre ses objectifs climatiques », a déclaré au CNO Janetta McKenzie, directrice du pétrole et du gaz à l’Institut Pembina. « Mais seulement s’il n’est pas jumelé à un nouveau pipeline » et aux émissions qui y seraient associées, a-t-elle ajouté.
Objectifs revus à la baisse dans l’entente Ottawa-Alberta sur les sables bitumineux
Le mégaprojet phare de captage et de stockage du carbone Pathways, en Alberta, captera un quart...














