Les Européens s’attendaient à un sommet de l’Otan plutôt serein à Ankara, après tout le mal qu’ils se sont donné pour augmenter leurs dépenses de défense. C’est raté. Donald Trump a dynamité la rencontre ce mercredi en mettant brutalement sur la table une série de sujets de discorde transatlantique : le Groenland, l’Iran, le retrait des forces américaines d’Europe, le commerce…En quelques phrases, l’irascible président américain a fait voler en éclat les certitudes de ceux qui pensaient pouvoir l’apaiser en sortant leur carnet de chèques. L’idée de renoncer à tenir un sommet de l’Otan l’an prochain a soudain gagné en popularité dans les rangs européens. Pour la première fois depuis longtemps, la déclaration finale du sommet, qui devait être publiée à la fin de la rencontre mercredi, ne mentionne ni date ni lieu pour une prochaine rencontre entre chefs d’Etat et de gouvernement des 32 Etats membres.Est-ce le début de la fin pour l’Alliance atlantique ? On n’en est pas là. Mais l’Otan sort affaiblie plutôt que renforcée d’une réunion qui était censée manifester son unité retrouvée à un moment crucial, alors que la menace russe sur son flanc oriental reste toujours aussi vive, et qui n’a réussi qu’à prouver combien le fossé continuait à se creuser entre l’Amérique et ses alliés.Il y a un an au sommet de La Haye, c’était l’inverse : Européens et Canadiens s’attendaient à une explosion de mauvaise humeur de Donald Trump ; ils l’avaient évité en faisant assaut de flagornerie envers l’Américain et en lui promettant qu’ils allaient doubler leurs dépenses de défense à l’horizon 2035. Cette année, ils sont arrivés à Ankara en se félicitant de les avoir déjà augmentées collectivement de 139 milliards de dollars l’an passé et en annonçant de nouveaux contrats d’achats d’armes pour quelque 50 milliards de dollars.Une bonne partie de cette manne, la moitié voire un peu plus, va à l’industrie de défense américaine. Cela n’a pas suffi à calmer l’hôte de la Maison-Blanche, qui reproche à ses alliés, notamment l’Espagne mais aussi l’Italie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, de ne pas l’avoir soutenu activement dans sa guerre contre la République islamique d’Iran cette année - alors qu’il a déclenché les hostilités, le 28 février, sans les consulter ni même les informer. Trump a annoncé la fin de la trêve qu’il avait conclue avec l’Iran, après que celui-ci a ciblé trois navires commerciaux cette semaine aux alentours du détroit d’Ormuz.Plus grave pour les Européens, il a réaffirmé sa revendication sur le Groenland "qui devrait être contrôlé par les Etats-Unis et pas par le Danemark". Il a menacé de retirer l’ensemble des troupes américaines d’Europe, où elles sont quelque 80 000 aujourd’hui. Et il a décrété l’arrêt des importations américaines en provenance d’Espagne, gouvernée selon lui par "des gens mauvais, désespérants". "J’ai été très déçu par l’Otan", a-t-il dit. "Et franchement, si le sommet n’avait pas été organisé en Turquie, où mon ami [le président Erdogan] est un dirigeant très fort, je ne serais possiblement pas venu".La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a vivement répliqué à Donald Trump. "Le Groenland n’est pas à vendre", a-t-elle dit à la presse. "Nous sommes un Etat souverain et nous attendons que chacun respecte notre intégrité territoriale et notre souveraineté. Nous sommes prêts à défendre chaque pouce du territoire de l’Otan, y compris notre propre territoire [..] Il est évident que nous défendrons le royaume du Danemark". Plusieurs dirigeants d’Europe du Nord lui ont apporté leur soutien publiquement. "Les affaires du Groenland sont entre les mains du royaume du Danemark et seulement de celui-ci", a affirmé le président finlandais Alexander Stubb.Le président Trump "reste très critique de l’organisation et des pays européens et je le déplore", a déclaré le Premier ministre belge, Bart De Wever, qui a néanmoins tenu à relativiser : "Ça fait 80 ans qu’on dépend de l’Otan et des Etats-Unis pour notre sécurité et ce n’est pas parce qu’on a un président américain critique que ça va remettre en question l’existence de l’organisation."Seul le dossier ukrainien est resté relativement épargné par la querelle transatlantique. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, convié à Ankara malgré le blocage de sa demande d’adhésion à l’Otan, devait rencontrer Donald Trump mercredi après-midi pour plaider une fois de plus pour des moyens antiaériens, afin de protéger la population civile ukrainienne des attaques indiscriminées de la Russie.Dans leur déclaration finale, les Alliés devaient affirmer que l’Ukraine "contribue à la sécurité transatlantique" en résistant à l’agression russe et ont réitéré leur soutien "à la liberté, la souveraineté et l’intégrité territoriale" du pays. Européens et Canadiens ont confirmé leur aide de 70 milliards d’euros à Kiev cette année et ont promis pour l’an prochain "des montants au moins équivalents". Une fois n’est pas coutume, et grâce à la résistance héroïque de l’armée ukrainienne sur le front, ce n’est pas Zelensky qui s’est attiré les foudres de Trump mercredi. Il n’empêche : les divisions de l’Otan étalées au grand jour à Ankara ne sont pas de nature à amener Vladimir Poutine à résipiscence.
Comment Donald Trump a dynamité le sommet de l'Otan
Le président américain a détruit les certitudes de ceux qui pensaient pouvoir l’apaiser en sortant leur carnet de chèques.












