France PolitiqueMarine Le Pen inéligiblePolitique. En annonçant son pourvoi en cassation, Marine Le Pen espère suspendre le port du bracelet électronique. Mais ce choix judiciaire pourrait aussi rouvrir une incertitude qu’elle pensait avoir refermée.Publié le 08/07/2026 à 08:12, mis à jour à 08:35Marine Le Pen quitte le siège du RN à Paris, mardi 7 juillet 2026.REUTERS/Stéphane MaheEt si Marine Le Pen avait rouvert elle-même le piège dont elle croyait être sortie ? Quelques heures après le verdict de la Cour d’appel de Paris, la députée du Rassemblement national a annoncé sur le plateau du 20H de TF1 qu’elle serait candidate à la présidentielle de 2027. Ayant accompli depuis le 30 juin dernier les 15 mois d’inéligibilité auxquels l’ont condamné les juges d’appel, rien, selon ses dires, ne l’empêche de briguer une quatrième fois la fonction suprême. Rien, sinon cette condamnation à un an de prison ferme sous surveillance électronique. Une semaine avant son jugement en appel, Marine Le Pen avait elle-même écarté l’idée de mener campagne avec un bracelet à la cheville.Alors, pour ne pas donner le sentiment de se dédire totalement, la patronne honoraire du RN a annoncé, dans le même mouvement, son intention de se pourvoir en cassation - une démarche qui suspend automatiquement l’application de la décision de la Cour d’appel et gèle donc, pour l’heure, le port du bracelet électronique. Une façon, ont admis hier ses avocats sur le plateau de C à vous sur France 5, de gagner du temps. L’épisode que beaucoup imaginaient clos au soir du 7 juillet ne l’est donc pas tout à fait. En se pourvoyant elle-même en cassation, Marine Le Pen prolonge son calvaire judiciaire ; un pari risqué. Car si la présidente honoraire du RN a martelé devant Gilles Bouleau que rien désormais ne pourrait la priver d’être candidate les 18 avril et 2 mai prochains, des doutes persistent sur l’issue de la stratégie judiciaire choisie par sa défense. Rappelons d’abord que la Cour de cassation ne juge jamais le fond d’un dossier ; elle ne réexamine ni les faits, ni les preuves, ni la culpabilité en elle-même. Elle vérifie seulement que les juges d’appel ont correctement appliqué la loi, motivé leur décision et respecté les règles de procédure. A l’issue de son examen, la plus haute juridiction pourra soit rejeter le pourvoi, soit casser la décision d’appel si elle estime qu’une erreur de droit, un vice de procédure ou un défaut de motivation a entaché l’arrêt rendu par la Cour d’appel.Dans le premier cas, l’arrêt d’appel deviendrait définitif. Marine Le Pen resterait alors condamnée à quinze mois d’inéligibilité et à un an de prison ferme sous surveillance électronique. Il lui faudrait ensuite passer devant un juge de l’application des peines - le fameux "JAP" - chargé de fixer les modalités concrètes de ce bracelet (périmètre autorisé, horaires de sortie, durée effective de la mesure). Plusieurs juristes estiment qu’en raison de la durée de sa peine, la candidate peut espérer obtenir un aménagement, voire une réduction du temps effectivement passé sous surveillance électronique. Seulement, si la Cour de cassation se prononce début 2027, Marine Le Pen pourrait se voir contrainte de porter ce bracelet au moment précis où la campagne présidentielle entrera dans sa phase la plus intense et où sa liberté de mouvement sera la plus sollicitée.Une thèse explosiveMais c’est dans le second cas - celui où la Cour de cassation casse le jugement d’appel - que le sort de Marine Le Pen demeure le plus incertain. Certains pénalistes donnent raison à Marine Le Pen qui a assuré hier devant Gilles Bouleau que la Cour de cassation, en cassant l’arrêt d’appel, ferait également tomber le jugement de première instance. Reste que d’autres avancent qu’en cassant l’arrêt d’appel, la Cour de cassation pourrait redonner effet au jugement de première instance - et donc à la peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire prononcée en mars 2025. Une thèse explosive, puisqu’elle priverait mécaniquement Marine Le Pen de présidentielle et obligerait le RN a revoir complètement sa stratégie dans la dernière ligne droite de la campagne.
Marine Le Pen : comment son pourvoi en cassation pourrait se retourner contre elle
En annonçant son pourvoi en cassation, Marine Le Pen espère suspendre le port du bracelet électronique. Mais ce choix judiciaire pourrait aussi rouvrir une incertitude qu’elle pensait avoir refermée.











