CultureScènesMusiqueLivresArtsCinémaChronique. Dans "Privilèges", série française de Marie Monge et Vladimir de Fontenay, une détenue en réinsertion partage son quotidien entre la prison et un palace parisien, dans un thriller social aussi élégant qu'efficace.Publié le 08/07/2026 à 06:15Privilèges : Manon Bresch, Melvil Poupaud.Copyright Caroline DuboisMalgré mes déboires avec HBO et sa calamiteuse série à gros succès, Heated Rivalry, je me suis encore laissé influencer par les dithyrambes parus dans la presse sérieuse, mais décidément complaisante, pour une autre série gay-friendly, Proud. C’est l’histoire d’un jeune modèle super sexy qui, à la suite du décès de la sœur, se retrouve avec le bébé de celle-ci sur les bras. Un gros mélo, en fait, et à peine plus supportable que les amours contrariées de nos deux tourtereaux à la crosse succès-foule. Avant de me désabonner de nouveau, je voulais savoir comment le papa-proud allait s’en tirer. Je me suis alors rendu compte que la série était servie au compte-goutte : un épisode par quinzaine. Sans doute pour décourager les petits malins comme moi de se désabonner après avoir avalé les dernières nouveautés de la plateforme en speed watching. Bien joué : je reste. En attendant la fin de l’été pour savoir si le papa gay s’en tire en inscrivant son fardeau vagissant dans une agence de bébés mannequins, je me suis promené sur la plateforme et je me suis laissé tenter par le parfum de Privilèges, série française de Marie Monge et Vladimir de Fontenay qui se passe dans un palace parisien… et dans une prison de la région parisienne. Qu’est-ce que les extrêmes nous apprennent sur notre petite vie moyenne, raisonnablement marconienne ? C’est à cette question enthousiasmante que ne répond aucun des six épisodes de Privilèges. Ils ne sont là que pour nous divertir, et dans le genre, ils sont impeccables. Quand la qualité oblitère le sens, et le talent étouffe le message, c’est beaucoup mieux que de laisser le moralisme envahir le récit.Une détenue entre deux mondesAdèle (Manon Bresch) est en prison. Elle a fait un truc qu’il ne fallait pas, c’est clair, mais depuis six mois qu’elle est au trou, elle a fait preuve de sa volonté de ne pas recommencer. Ça n’empêche pas la juge d’application des peines de lui annoncer qu’elle n’a trouvé aucun employeur qui accepte de la prendre à l’essai (il s’agirait d’aller travailler en entreprise la journée et retourner en prison dormir). – Vous ne connaissez pas quelqu’un, parmi vos amis, qui pourrait vous aider à trouver un emploi, lui demande la juge. - Vous m’avez demandé de rompre avec mes amis, j’ai rompu. - J’hésite à vous envoyer sur un programme de réinsertion, un peu particulier. - N’hésitez pas, je prends ! - Ça n’a jamais marché. - On parie ? Voilà comment Adèle se retrouve bagagiste au Citadel, un palace en bas des Champs-Élysées dirigé par Edouard Balzain (Melvil Poupaud). La vie d’une jeune délinquante entre deux feux, de la misère carcérale au supra luxe. Originalité extrême de cette situation dont les scénaristes semblent ne pas avoir voulu, ou pas avoir pu utiliser tous les ressorts. La crédibilité serait-elle une forme de censure ? La nuit : les odeurs de canicule pestilentielle, la folie des hurlements, le dégoût, la saleté, la menace permanente des agressions, et la tentation de mourir retenue par les rêves de vengeance. Le jour : la fraîcheur des brumisateurs à la fleur de jasmin, les musiques dans les ascenseurs à moquette, les couloirs aux vitrines scintillantes de rivière (diamants et rubis), la vue sur Tout-Paris, les cadeaux de bienvenus de la direction, et la tentation de tout piquer retenue par l’idée d’épouser un de ces héritiers de passage. En quoi le passage d’un monde à l’autre attise l’atrocité physique et morale de ces antinomies, on ne s’y attarde pas, tant mieux. C’est en filigrane que la série procède à une véritable coupe géologique des strates sociales, d’une corruption à l’autre, d’une immoralité à l’autre.Deux êtres que tout opposeLe croyez-vous, Manon donnerait tout, et son corps, pour ne pas retourner dormir en taule. N’empêche qu’on aime beaucoup cette scène où, prise dans les clichés du genre, Manon croit pouvoir devancer le viol, mais se fait rembarrer par le tendre Yan (Sandor Funtek) qui lui rappelle que la douceur est possible dans ce monde de brutes. Manon n’est pas plus sympathique qu’Edouard. Réciproquement fascinés par ce que l’autre a été et voudrait devenir, ils sont faits l’un pour l’autre et se détester sans entrave. On espère que la saison 2 offrira à leur destin de nouvelles péripéties scandaleuses.