"Pendant 24 jours, la Coupe du monde aux Etats-Unis a semblé accomplir un rare exploit en 2026 : n'avoir presque rien à voir avec Donald Trump". C'était sans compter "le coup de théâtre" de ce dimanche soir, réagit CNN. Le monde du football s'agite, ce lundi 6 juillet, après ce qui apparaît comme une décision très politique de la part de la FIFA : l'annulation de la suspension de l'attaquant américain Folarin Balogun, à la suite d'un appel entre Donald Trump et le patron de la fédération de football Gianni Infantino.L'actuel joueur de l'AS Monaco avait écopé d'un carton rouge lors d'un match contre la Bosnie-Herzégovine, mercredi, après avoir planté son pied dans la cheville du défenseur Tarik Muharemovic. Il aurait donc en principe dû être interdit de disputer le match des 8e de finale contre la Belgique, qui aura lieu mardi 7 juillet à 2 heures, heure française. Le joueur de 25 ans avait été expulsé après consultation de la VAR par l'arbitre, faisant dire au sélectionneur des Etats-Unis, Mauricio Pochettino, que la faute commise par son joueur ne justifiait pas un carton rouge.Selon l'agence Reuters, la décision de la FIFA intervient après que Donald Trump a personnellement appelé Gianni Infantino, le patron de l'instance dirigeante du football mondial, pour lui demander de réexaminer le cas du meilleur buteur américain. Ce revirement est inhabituel, s'agissant de la première réintégration d'un joueur après son expulsion en Coupe du monde depuis le Brésilien Garrincha, en 1962. Peu de temps après le carton rouge de Folarin Balogun, l'administration Trump avait engagé des avocats pour faire appel, indique le New York Times.Sur son réseau Truth Social, le président américain a immédiatement remercié la FIFA "d'avoir fait ce qui était juste et d'avoir réparé une grave injustice", tandis que la Maison-Blanche célébrait la réintégration de Folarin Balogun sur le réseau social X, avec une publication disant : "USA-USA-USA". Dans son communiqué, la FIFA renvoie à l'article 27 de son Code disciplinaire, qui permet de suspendre une sanction pour une période probatoire d'un an. Le joueur américain ne purgera donc cette suspension que s'il commet une nouvelle faute similaire au cours des douze prochains mois, précise l'instance."Atteinte au fair-play"Mais la décision fait réagir dans le monde du ballon rond : la Fédération royale belge de football a déclaré que ces manœuvres d'avant-match s'opposaient au règlement de la FIFA et portaient atteinte au fair-play. Le sélectionneur anglais Thomas Tuchel a quant à lui déclaré que, tout en estimant que Balogun ne méritait pas son carton rouge, la décision n'aurait pas dû être suspendue. "La VAR est intervenue et, après vérification par trois arbitres, il a été décidé d'un carton rouge. La décision est donc prise (...) Jusqu'où cela ira-t-il maintenant ? Où commence [l'exception] et où finit-elle ?", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.Pour Stephen Collinson, chroniqueur de CNN, ces événements "soulèvent des inquiétudes quant à l'ingérence politique et à l'intégrité du tournoi. Que l'intervention de Trump ait été ou non déterminante importe peu. La simple impression qu'elle l'a été risque de ternir l'image internationale" de la compétition, d'autant que "la FIFA n'a fourni que très peu d'explications" au sujet de cette décision.Amitié Infantino-TrumpLe sélectionneur américain a quant à lui déclaré "ne pas comprendre comment les gens peuvent être surpris", argumentant que d'autres joueurs ont déjà bénéficié d'une réduction de sanction de la part de la FIFA. C'est notamment le cas de l'international portugais Cristiano Ronaldo, qui avait été suspendu pour trois matchs pour un coup de coude contre l'Irlande le 13 novembre dernier, et qui aurait dû manquer les deux premières rencontres du Mondial. Sa sanction avait finalement été réduite à un seul match, lui permettant ainsi de disputer la Coupe. Difficile néanmoins de convaincre de la neutralité d'une telle décision, au vu de la proximité entre le président américain et le patron de la FIFA. Gianni Infantino avait notamment célébré l'investiture de Donald Trump, lors de son second mandat, déclarant sur Instagram : "Ensemble, nous rendrons sa grandeur non seulement à l'Amérique, mais aussi au monde entier". L'année dernière, la FIFA avait également décerné à Donald Trump le Prix FIFA pour la paix, au moment où le président américain était en campagne pour le prix Nobel, qu'il n'a pas obtenu. "Il était presque inévitable que Trump trouve un moyen de s'immiscer dans la Coupe du monde, qu'il a comparée à plusieurs Super Bowls simultanés [NDLR : la finale du championnat de football américain] et qui crée le genre de médiatisation mondiale à laquelle il ne peut résister", conclut pour sa part CNN.