Le rideau tombe de splendide manière sur la 46e édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), que le ciel a épargné pour son dernier week-end après les fâcheuses pluies de la semaine passée. Comme ce fut le cas pour Angine de Poitrine, la fête a connu un dernier samedi idéal, propice aux communions musicales, le rappeur Smino ayant, comme Patrick Watson la veille, fait le plein de spectateurs sur la place des Festivals. Une dernière tournée jazzée avant que le Festival international Nuits d’Afrique anime à son tour le Quartier des spectacles pour célébrer son 40e anniversaire.Le soleil inondait toujours le parterre du Quartier des spectacles à 19 h lorsque les membres d’Etran de l’Aïr ont posé leurs sandales sur scène. Deux guitaristes électrisants, un bassiste, un batteur : ça a tapé dès les premières mesures, la foule, abondante, répondant en battant avec eux la mesure. Fiers représentants du rock du Sahel, le quartet d’Agadez, au Niger, a aligné ses compositions, ne tempérant ses rafales de guitares qu’une seule fois durant l’heure, le temps d’un morceau plus chaloupé.Plus rugueux que Tinariwen, moins psychédélique que Mdou Moctar, Etran de l’Aïr est une arme à deux tranchants avec ses motifs de guitares ensorcelants et sa rythmique rock qui tient la foule en haleine. Une vraie belle machine de scène, parfaite pour les scènes extérieures de festivals — le groupe était d’ailleurs de La Noce à Saguenay avant son escale montréalaise.« Do not forget us, jazz folks ! »À 21 h, l’ambiance était plus douce au Théâtre Maisonneuve pour le retour du contrebassiste virtuose Christian McBride, accompagné cette fois du guitariste Julian Lage, qui a fait l’objet de gentilles blagues tout au long de la soirée : McBride a souligné qu’il avait intégré l’orchestre de Bob Dylan. « Maintenant que tu joues avec un grand du folk et de la pop, tu vas gagner beaucoup d’argent ; s’il vous plaît, do not forget us, jazz folks ! », a badiné le bassiste, qui décrochait un nouveau prix Grammy l’hiver dernier pour son dernier album avec Big Band, Without Further Ado, Vol. 1.La blague donne une idée de l’ambiance de cette soirée, joyeuse, pétrie d’affection pour la musique comme vecteur d’échange, de dialogue. À l’image du concert offert plus tôt cette semaine par le saxophoniste Joshua Redman et son ensemble, McBride et Lage ont offert une performance distinguée, ancrée dans la grande tradition du jazz — et du blues qui colore les morceaux composés par le guitariste au son délicieusement rétro tiré de sa belle guitare jaune brûlée Collings, conçue selon ses spécifications.Ça jouait au ping-pong entre les deux maîtres, l’un assurant l’accompagnement pendant que l’autre libérait son imagination. De la finesse, des solos complexes et harmonieux, le tout livré avec sourire et d’autres blagues de McBride, sur les célébrations nationales du 4 juillet, « assurément une journée importante pour les Montréalais », a lancé le contrebassiste, visiblement en grande forme. Entre les compositions de Lage, une poignée de standards, cette magnifique interprétation de « Footprints » de Wayne Shorter, puis du Duke Ellington, du Thelonius Monk, « because with Monk, you can’t go wrong », a présenté Christian McBride. Le duo a fait salle comble au Théâtre Maisonneuve.Trio écossaisNous nous sommes cependant esquivés avant la fin pour attraper sur l’esplanade Tranquille la fin de la furieuse performance du trio corto.alto, arrivé tout droit d’Écosse avec son alliage de jazz et de musiques électroniques — et une poignée de chansons inédites, à paraître le 14 septembre sur son second album Some Small Fortune. Mené par le multi-instrumentiste Liam Shortall, le projet s’était illustré il y a deux ans grâce à l’album Bad With Names, retenu dans la courte liste du prix du disque Mercury, qui a inspiré la création du Polaris canadien. Et au nombre de t-shirts de corto.alto aperçus sur le Quartier des spectacles depuis le début du festival, on en déduit que ces Écossais ont déjà pas mal de fans à Montréal.L’énergumène portant le traditionnel kilt a capté notre attention. Musicien hyperactif sur scène, il contrôle les séquences préenregistrées de son ordinateur, sa basse électrique au cou ; pendant le concert, il agrippe son trombone et souffle quelques lignes mélodiques qu’il repasse en boucle. À ses côtés, un saxophoniste et un batteur engraissent les grooves, qui butinent du jazz fusion au funk, au hip-hop, au house, avec fougue et d’exigeants passages techniques de la part de Shortall et son batteur, qui savent calibrer l’argument jazz à celui de la pop électronique — à voir gratuitement au Festival d’été de Québec le 11 juillet, 20 h 45, place d’Youville.Sur ces belles notes, le 46e FIJM annonce son rappel, en quelque sorte : le Quartier des spectacles sera muet, puisque le concert de clôture se tiendra ce dimanche au Centre Bell lors d’une soirée mettant en vedette les icônes du r&b, du funk et de la soul américains Lionel Richie — ex-Commodores mais répondant toujours Hello — et les immortels interprètes de September, Earth, Wind&Fire.