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EntretienPlus de vingt ans après sa rédaction, la version augmentée par le philosophe de son texte « L’Immatériel » est enfin publiée. Les préfaciers, Christophe Fourel et Cédric Villani, expliquent dans un entretien au « Monde » combien ce livre lumineux, qui explore la mutation en cours du capitalisme, éclaire le débat sur l’intelligence artificielle.

Publié pour la première fois en 2003, L’Immatériel. Connaissance, valeur et capital est le dernier grand texte théorique d’André Gorz (1923-2007). Le philosophe-journaliste y décrit la mutation en cours du capitalisme. La richesse, dit-il, provient de plus en plus de la connaissance, de la créativité et de la coopération, plutôt que des machines ou du travail. Ce basculement pose immédiatement un problème fondamental : le savoir, libre et gratuit par nature, tend naturellement à être partagé. Il échappe à la logique du marché. Face à cette contradiction, le capitalisme va donc chercher à le privatiser. Dans ce cadre, Gorz aborde en précurseur la question de l’impact à venir de l’intelligence artificielle (IA), sur laquelle de nombreux penseurs réfléchissent depuis les années 1950.

Son livre ayant soulevé un débat, surtout en Allemagne, Gorz a éprouvé le besoin de reprendre son texte initial pour une seconde édition. En 2005, il avait achevé d’écrire cette version augmentée. Mais les péripéties de la fin de la vie du penseur – qui s’est donné la mort en 2007 avec sa femme, Dorine –, puis la gestion compliquée de son œuvre, en ont retardé de vingt ans la publication en France.