Un suspense étouffant. 28 juin 1998. La France joue le premier match éliminatoire de sa Coupe du monde à domicile, et les Bleus sont bien mal embarqués. Opposés au Paraguay, les joueurs d’Aimé Jacquet semblent incapables de faire la différence face à une défense en béton armé. Les minutes s’écoulent, le temps réglementaire est écoulé. Et les prolongations débutent sur le même rythme. Les Bleus calent.Les tricolores arrivent en huitième de finale dans le costume de grands favoris. Riches de trois victoires en autant de matchs, ils sont sortis sans encombre du groupe C. Avec un gros hic : l’absence de Zinédine Zidane, exclu face à l’Arabie saoudite lors de la deuxième journée pour s’être essuyé les pieds sur un adversaire et suspendu pour ce premier match à élimination directe.Un mur nommé ChilavertEn l’absence de son numéro 10, Aimé Jacquet aligne un quatuor offensif inédit. Youri Djorkaeff, Bernard Diomède, David Trezeguet et Thierry Henry. De quoi, sur le papier, faire plier la défense adverse. Mais tous se cassent les dents face à ce si charismatique gardien de but qui semble occuper les 7,32 m de sa cage. Son nom ? José Luis Chilavert. Dès le début de match, la stratégie du portier paraguayen est claire : gagner du temps, autant que possible. Une tactique qui n’échappe pas à l’arbitre du jour, monsieur Ali Bujsaim, qui le sanctionne d’un carton jaune dès la 19e minute.Gagner du temps et tout stopper. Chilavert enchaîne les parades, de façon presque effrayante. Il n’est pas loin de dégoûter nos Bleus qui, décidément, ne trouvent aucune solution. Le gardien, quasiment infranchissable ce jour-là, n’est pas loin de rejoindre Harald Schumacher ou Emil Kostadinov, au panthéon des traumatismes du foot français.À voir aussiEt rien ne s’arrange en seconde période. Thierry Henry, alors meilleur buteur des Bleus dans la compétition, quitte le terrain sur civière. La peur commence à envahir les pieds français. Après deux éditions où ils ne sont pas parvenus à se qualifier, les Bleus n’ont pas le droit à l’erreur devant leur public. La séance des tirs au but semble alors inéluctable, et la seule présence de Chilavert sur le terrain rend la perspective des plus angoissantes.Un moment suspenduÀ moins de dix minutes du coup de sifflet final, Laurent Blanc ne quitte plus la surface adverse. Le joueur de l’OM incarne alors sans doute mieux que quiconque ce poste de « libéro ». Doté d’une technique remarquable pour son poste, « Lolo » a l’habitude de marquer régulièrement des buts.Nous jouons la 9e minute de la seconde période des prolongations, lorsque, sur un ballon mal repoussé par la défense, Robert Pirès pénètre dans la surface. Son centre trouve la tête de David Trezeguet, qui a sauté plus haut que tout le monde. Le buteur monégasque de 19 ans réalise une remise parfaite de la tête, et le ballon atterrit exactement dans la course de Laurent Blanc, qui a échappé au marquage de son vis-à-vis. Lancé à pleine vitesse, Blanc laisse rebondir la balle une fois, avant d’armer son pied droit. Le temps s’arrête. Sa demi-volée transperce les cages d’un Chilavert impuissant et libère les 38 000 spectateurs d’un Stade Bollaert en fusion.« C’est fini ! »Dans la tribune presse, le regretté Thierry Gilardi exulte : « C’est fini ! » s’exclame-t-il sur les antennes de Canal. « La lumière est venue de Laurent Blanc ! », poursuit-il, s’offrant l’une de ces formules qui restent dans les mémoires. Devant leur écran de télévision, nombre de Français découvrent alors la règle du but en or, qui entre en vigueur pour la première fois en Coupe du monde. Laurent Blanc a eu la riche idée d’en faire profiter l’équipe de France pour lui ouvrir la porte des quarts de finale.Un soulagement pour tous les supporters, en apnée depuis le début de la rencontre. Peut-être le sélectionneur Didier Deschamps aura-t-il une pensée pour ce huitième de finale lorsqu’il retrouvera, 28 ans plus tard, les Paraguayens sur sa route en Coupe du monde…
« La lumière est venue de Laurent Blanc ! » : en 1998, la magie du premier but en or des Bleus contre le Paraguay
Samedi, l’équipe de France retrouve le Paraguay en huitième de finale, 28 ans après leur dernier affrontement en match officiel. Ce jour-là,











