Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Les Républicains (LR) Les Républicains (LR) Les Républicains (LR) Éditorial Le Monde Depuis plusieurs années, le parti Les Républicains reprend les mots et les propositions du Rassemblement national sur l’immigration et la sécurité. Un choix funeste qui renforce ses deux principaux concurrents, le parti d’extrême droite et Edouard Philippe. Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min. A dix mois de l’élection présidentielle de 2027, le début de campagne électorale agit comme un révélateur pour la droite, et montre l’impasse que représente l’alignement du parti Les Républicains (LR) sur les propositions de l’extrême droite. Depuis plusieurs années, LR s’inspire, en effet, des réflexions de Patrick Buisson, essayiste maurassien, mort en 2023, qui défendait une « droite décomplexée », à laquelle il enjoignait de reprendre les mots et les propositions du Rassemblement national (RN), avec un discours principalement centré sur les questions de sécurité et d’immigration. Au fil des années, ce parti a même pu être plus radical que le RN, comme lorsque Bruno Retailleau, alors ministre de l’intérieur, affirmait, en 2024, que « l’Etat de droit » n’était « ni intangible, ni sacré ». Bruno Retailleau est désormais président de LR et brigue l’Elysée. Il entend incarner une « radicalité raisonnable ». Cet oxymore est censé définir son identité politique : intransigeant sur l’immigration et la sécurité tout en mettant en avant une culture de gouvernement. Son premier discours de campagne, le 20 juin, au Parc floral de Paris, a pourtant fait l’impasse sur plusieurs sujets fondamentaux, qui doivent être au cœur de l’action du prochain président de la République : la dette abyssale de la France ; le réchauffement climatique, alors que la France était frappée par une canicule d’une intensité hors norme, et les relations internationales, malgré deux conflits majeurs, en Ukraine et au Moyen-Orient. Mais il a fait la part belle aux thématiques régaliennes et à sa volonté de remettre « de l’ordre » en France. Le funeste choix stratégique de LR de reprendre les mots de l’extrême droite renforce ses deux principaux concurrents. Le RN voit ses thématiques historiques légitimées par un parti de gouvernement, et Edouard Philippe, le président du parti Horizons, a ainsi le champ libre pour incarner la droite modérée. L’ancien premier ministre d’Emmanuel Macron doit lancer sa campagne, dimanche 5 juillet, lors d’un meeting à Paris. Celui qui fut cofondateur de l’UMP (la formation qui a précédé LR) n’a jamais cessé de se revendiquer de droite, égrène ses soutiens en provenance de la galaxie LR et défend une ligne politique proche de ce que prônait son camp il y a quelques années : rigueur budgétaire, libéralisme économique, lutte contre l’immigration, mais sans les excès de la direction actuelle de LR. Le rival interne de Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, a d’ailleurs tendu la main, mercredi, à Edouard Philippe, dans les colonnes du Figaro, en estimant qu’il pouvait « incarner l’ordre et le sérieux permettant de redresser la France ». Cette sortie du président du groupe des députés LR à l’Assemblée nationale est un très sérieux coup porté à la candidature de Bruno Retailleau, dont le socle se réduit encore un peu plus, deux ans après le départ d’Eric Ciotti pour s’allier au Rassemblement national. Pour l’instant sans réelle dynamique, le président de LR est face à une situation qui ne comporte que des mauvais choix. Soit il maintient sa candidature, quitte à voir son électorat aspiré par Edouard Philippe ou par le Rassemblement national, et prendre un risque : finir, comme Valérie Pécresse en 2022, sous la barre des 5 % des suffrages, seuil permettant le remboursement des frais de campagne. Soit il décide de se rallier à l’ancien chef du gouvernement, au risque d’une dilution dans un grand rassemblement de la droite et du centre. Dans tous ces cas de figure, son parti en sortirait durablement affaibli. Le Monde