Ils partirent 200, ils arrivèrent 10 000. Damien, Stéphanie, Arnaud, Mickaël et leur bande de copains portent depuis 18 ans le Festifl’art, un festival de musique rock et techno, installé au milieu des champs, à Poincy (Seine-et-Marne), derrière le musée de la Grande Guerre. Après une première journée ce vendredi, le Festifl’Art se poursuit ce samedi 5 juillet, passant entre les gouttes de la canicule. Il a échappé aux annulations du week-end dernier comme Solidays.Sur sept hectares, une centaine de bénévoles s’active pour monter les trois scènes rock, électro et dub, de cette 17e édition. Cette ambiance « grande famille » n’est pas une légende. Les 500 bénévoles affluent de partout. « On doit en refuser en journée, souligne Maïlise Valade, chargée de communication. Il nous en manque en revanche pour la gestion du parking la nuit. » Cette aventure est une affaire de potes et de… famille. Le frère de Maïlise, Damien, préside l’Asso Siffl’art qui organise le festival. L’amateur de rave-party avait décidé de se lancer dans cette aventure à 23 ans, de retour d’un long périple en Australie. Il a fallu convaincre, collecté des subventions, démarché des mécènes.« Ici c’est notre colo ! »Le troisième pilier de la famille, c’est la maman, Catherine, responsable de la restauration. Entourée d’une dizaine de retraités, elle coordonne la centaine de repas par jour pour les bénévoles. Samedi, les cuistots devront fournir quelque 800 repas et sandwichs, artistes compris. « Ici c’est notre colo ! s’amuse Catherine. La moyenne d’âge des bénévoles en cuisine est de 70 ans, on aimerait que des jeunes nous rejoignent. Ce festival est vraiment un grand moment de partage, de toutes les générations. »Catherine, la mère du fondateur du Festifl'Art, coordonne avec une dizaine de bénévoles retraités la restauration du festival. Jusqu'à 800 repas et sandwichs seront préparés samedi pour les festivaliers, les artistes et les bénévoles.Le moment le plus fort ? Aucun doute, le dimanche à 5h45, au dernier DJ set. Le son se coupe, les bénévoles montent sur la grande scène, se tombent dans les bras. Larmes de joie, de fraternité et de fatigue clôturent chaque édition. « On est soulagé d’avoir donné du bonheur sans incident », se félicite Damien.Un festival éco-responsableUn pari fou en ces temps d’économies budgétaires. Né dans le village voisin de Chauconin-Neufmontiers, soutenu dès le début par la municipalité, le festival a dû chercher des champs plus grands, non inondables. En 2021, il a connu son année record avec 12 000 festivaliers. « Nous avions décidé de maintenir l’événement, alors que la jauge était limitée à 5 000 places à cause du Covid. Deux semaines avant, le gouvernement a supprimé ce plafond, pour notre plus grand bonheur », se souvient Maïlise.Soixante concerts sont programmés sur les trois scènes rock, électro et dub du Festifl'Art.Cette année-là, à cause de fortes pluies, il a fallu commander des camions de remblai pour terrasser le terrain, puis faire sortir les voitures des festivaliers, le dimanche à l’aube, à l’aide de tracteurs. L’édition qui a enregistré le plus d’entrées a été aussi celle qui a mis les comptes dans le rouge. Qu’importe. L’association défendra son beau bébé jusqu’au bout.Gestion des déchets, ecocups, vaisselle lavable, distribution de cendriers de poche, points d’eau pour remplir ses gourdes, l’événement est reconnu comme écoresponsable. « Nous envoyons au tri 1,5 tonne de déchets, 1,6 tonne de verre ; 8 kg de mégots », se félicite Stéphanie.« On est une grande famille »Xavier, autre cofondateur du festival, a posé 12 jours de congé pour aider. Ce soudeur chaudronnier de 43 ans répare tout. Une moto pour se déplacer rapidement dans le champ, une scène, une cuve d’eau, un groupe électrogène… Il a créé et gère le magasin, stock de pièces de bricolage. « Les galères nous soudent. On tient grâce à notre envie. On est une grande famille. » Le trésorier de l’association, Arnaud, est régisseur général dans le cinéma. Il se souvient des débuts. « Nous voulions un événement à notre image, nous aimions la techno, puis on a voulu intégrer les familles en restant attachés au prix libre. » Même si les créneaux horaires du prix libre ont été réduits à certains concerts, le Festifl’Art ne veut pas perdre cet ADN.Parmis les bénévoles : Camille, menuisier, prépare des décors en bois. « C’est ma première année, le Festifl’Art a une excellente réputation, à tous les niveaux. » Xavier, alias DJ Shark, a découvert le lieu comme artiste. Il a parcouru 900 km pour donner de son temps une dizaine de jours ici. Un bénévole prépare les décors qui habilleront les trois scènes de la 17e édition du Festifl'Art. Près de 500 personnes participent à l'organisation du festival.« J’ai mixé trois fois ici, j’ai tout de suite aimé l’ambiance familiale. Je sais que les bénévoles se battent pour venir, raconte ce régisseur général. Peu de festivals associatifs peuvent se targuer d’une telle longévité. En plus d’y trouver une âme, la programmation est variée et de qualité. »En fin d’après-midi le vent se lève, des bénévoles se cramponnent à des barriérages en tissu prêts à décoller, Damien court réceptionner des lots de barrières. Sur un tableau d’écolier, côté cuisine, Catherine a écrit le dicton du jour « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait… ». Festifl’art, à Poincy, 3 scènes rock, électro, dub. Ce samedi 4 juillet. 30 euros. Infos sur https://festiflart.org/