Jusqu’au 5 juillet, l’hippodrome de Paris-Vincennes reçoit la troisième édition du festival dédié au rap, au R’n’B et aux musiques afro-caribéennes. Cette année, Yardland affiche complet. De quoi réjouir Yoan Prat, cofondateur de l’événement. Yoan Prat : « On s’inscrit dans un mouvement musical et politique mondial, porté par le succès de l’afrobeats mixant pop, rap, musique africaine et afro-caribéenne. » Photo Samir Bouadla Par Erwan Perron Publié le 03 juillet 2026 à 15h00 Voilà presque de quoi faire oublier à ses organisateurs l’annulation de sa première édition, en 2023. Pour la troisième année, le festival Yardland, voué au rap, au R’n’B et aux musiques afro-caribéennes, s’apprête à accueillir plus de quatre-vingts artistes à l’hippodrome Paris-Vincennes : le roi français de la trap à tendance afro Niska, la chanteuse soul anglaise Jorja Smith, le renversant chanteur nigérian Rema, mais aussi beaucoup de découvertes. Avec un joli motif de satisfaction : il a d’ores et déjà écoulé ses 75 000 tickets et affiche complet pour ses trois jours. L’an passé, son public jeune, métissé, largement féminin et dansant joyeusement entre les cinq scènes faisait vraiment plaisir à voir ! Le point avec Yoan Prat, 40 ans, fondateur de l’agence de communication Yard et président et cofondateur de ce raout pas comme les autres. À lire aussi : Niska, Rema, Kwn... Le festival Yardland annonce une riche programmation pour l’été L’année dernière, vous nous aviez confié être face à deux options : réduire la voilure ou faire alliance avec un géant de l’organisation de concerts comme AEG ou Live Nation. Les choses se sont arrangées, dirait-on.Oui, car aucune de ces options ne s’est vérifiée ! Même si nous avons eu des discussions avec AEG, nous avons échappé au rachat. Le festival We Love Green a bien été vendu à AEG par l’agence We love Art et le label discographique Because Music. Mais Yardland reste la propriété de We love Art, de Because music et de l’agence Yard — cette dernière détenant 50 % des parts. Finalement, pour cette édition 2026, nous avons bien fait de ne pas réduire la voilure puisque nous avons écoulé tous nos tickets, dix jours avant l’événement. Avec 25 000 spectateurs par jour, nous sommes un festival de taille moyenne, et c’est très bien comme ça. On veut que l’expérience demeure agréable pour les festivaliers, et on a conscience qu’on a intérêt à ne pas grossir pour rester maître de notre destin. Quand vous grossissez trop, vous devenez davantage tributaires des têtes d’affiche et de leurs producteurs. Nous sommes des acteurs privés, mais nous nous sommes donné une mission citoyenne, à laquelle nous tenons par-dessus tout : parvenir à ancrer en France un festival inclusif et métissé, qui nous ressemble. 75 000 tickets ont été vendus pour la troisième édition du festival Yardland (ici l’édition 2025). Photo Treyshotyou Comment bâtissez-vous votre programmation ?On essaie de corriger certaines injustices. De nombreux artistes ont eu un succès populaire énorme mais n’ont jamais eu l’opportunité de se produire en France sur de grandes scènes — regardez les scores YouTube de Jessy Matador, grand spécialiste du coupé-décalé. Avant de lancer le festival, on a eu la chance de voir passer à partir de 2011 des musiciens dans nos soirées, comme Damso, PNL ou Hamza, alors qu’ils n’avaient pas encore sorti d’albums et que le monde « mainstream » ne les regardait pas. Aujourd’hui, nous fonctionnons de la même façon : Yardland est pour nombre d’entre eux le tout premier festival où ils sont invités. La Rvfleuze, qui est à l’affiche de multiples événements cet été, a fait son premier festival chez nous l’année dernière — il avait joué sur pas moins de trois scènes. Il n’y a pas de cachets délirants chez nous. […] Cela veut dire que les artistes qui jouent à Yardland ont vraiment envie d’être là. Quelle est la situation financière du festival ?Pour la première fois cette année, en ayant vendu toutes nos places, nous parvenons à l’équilibre. Le petit bénéfice qu’on pourra dégager va se jouer à des facteurs qui sont toujours un peu indécis : la météo influera sur nos chiffres au bar et en restauration. On espère obtenir davantage de subventions publiques. Tout n’est pas acté pour cette édition, car se sont des discussions qui traînent toujours un peu. Des sociétés civiles comme l’Adami, la Sacem ou le CNM nous aident et nous avons commencé à discuter avec le département et la Ville de Paris afin qu’ils contribuent un peu plus. Reste qu’on a une dette opérationnelle de plus d’un million d’euros, en grande partie en raison de l’annulation par la préfecture de notre première édition 2023 pour cause d’émeutes ayant suivi la mort de Nahel. Quel est votre budget ?Il n’y a pas de cachets délirants chez nous. De toute façon, on ne peut pas se le permettre. Notre budget artistique est de 1,5 million d’euros — à l’échelle de la concurrence internationale entre les festivals, c’est assez peu — pour un budget global de 6 millions d’euros. Cela veut dire que les artistes qui jouent à Yardland ont vraiment envie d’être là. Par exemple, on a senti que Niska voulait se faire plaisir, ainsi qu’à son public, en imaginant pour nous une création spéciale, « Niska et ses charos », avant de se produire pour trois soirs au Stade de France en avril. Les musiciens le savent, et voilà pourquoi ils font des efforts : notre public, qui pour beaucoup vit à Yarldland sa première expérience de festival, est plus métissé que partout ailleurs à Paris. Comment expliquez-vous le succès de Yardland ?Moi-même, je n’avais jamais mis les pieds dans un festival avant de me faire inviter à We Love Green par We Love Art et Because Music. Je pensais que ce n’était pas pour moi. Sans aucune animosité envers les autres événements, nous sommes fiers d’être parvenus à créer à Paris celui où les Afrodescendants ont enfin une place. On s’inscrit dans un mouvement musical et politique mondial, porté par le succès de l’afrobeats mixant pop, rap, musique africaine et afro-caribéenne. Hier soir, j’étais à Los Angeles à une super soirée organisée par des Américains pour la plupart d’origine jamaïcaine et trinidadienne, avec qui on va sûrement faire des choses l’année prochaine. À ma grande surprise, le public dansait sur des titres d’artistes français comme Joé Dwèt Filé, Meryl ou Kalash. Il ne comprenait pas les paroles mais ressentait la « vibe ». À lire aussi : Festival Yardland : le meilleur (et le moins bon) de la cuvée 2025 Yardland, jusqu’au 5 Juillet, hippodrome de Paris-Vincennes. Musique Rap Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus