Pour l’année de ses 30 ans, l’artiste montréalaise Mallory Lowe Mpoka se donne tout un élan : les Rencontres d’Arles. Avec quatre œuvres, dont un nouveau diptyque, elle y sera de l’exposition du prix Découverte. Elle est aussi citée parmi les candidates au Prix de la photo Madame Figaro Arles. Enfin, elle lancera là-bas un livre photo, le deuxième de sa jeune carrière.Les Rencontres d’Arles, c’est la Mecque de la photographie, son Hollywood, son Everest. L’événement annuel, avec sa pléthore d’expositions — près de la mi-centaine pour la 57e édition qui démarre le 6 juillet —, transforme la modeste ville provençale (50 000 âmes) listée au patrimoine de l’UNESCO en « capitale de la photographie ».Parmi les 400 artistes exposés dans l’un des 28 sites, figure la diplômée de l’Université Concordia. Encore à ses débuts — « cinq ou six ans de pratique », selon sa propre estimation —, l’artiste aux origines belges et camerounaises est sur la pente ascendante, forte du livre photographique Architecture of the Self (2024, Pièce jointe éditions) et d’une présence remarquée à la Biennale Momenta 2025, entre autres.

Son art est multidisciplinaire. Oui, elle fait de la photographie, argentique même, mais elle tisse et brode aussi, travaille avec des perles et de la céramique. « Je ne cherche pas à challenger le médium photographique, mais à le réimaginer, dit-elle. [Il s’agit] de repenser la photographie dans un contexte qui reflète mon héritage culturel. »Attrapée à son atelier du Mile End trois semaines avant son départ pour Arles, où elle séjournera une dizaine de jours, Mallory Lowe Mpoka était tout sourire. Ses quatre œuvres étaient déjà en Europe. La veille, elle avait eu droit à une visite virtuelle de l’exposition qui les concerne, elle et six autres artistes.« C’est un parcours, je suis une des dernières. Ce sont comme des mini-solos, », dit-elle, heureuse des murs rouge terre qui lui ont été réservés. Le terracotta, c’est la couleur qu’elle a adoptée pour des raisons symboliques. La pochette de son livre, un projet 100 % autobiographique, a été teintée de ce pigment naturel propre aux sols camerounais.Vérité et subjectivitéConçue par Nadine Hounkpatin, que Mallory Lowe Mpoka a croisée à l’automne à Montréal lors du symposium Réseaux de l’Atlantique noir, l’exposition du prix Découverte évoque la prétendue vérité photographique. Tout est question de point de vue. « Les artistes dessinent, depuis leur singularité, autant de facettes d’un prisme de vérités partagées, écrit la commissaire béninoise, dans son introduction. [Leurs récits] inventent des formes de visibilité où la subjectivité devient une force critique, et où la photographie [donne] à voir ce qui a été occulté. »