Serge QuoidbachRédacteur en chef adjoint04 juillet 2026Aujourd'hui à 05:00Donald Trump a réussi à détourner la célébration du 4 juillet sur sa propre personne. Une célébration égocentrée qui, qu’on le veuille ou non, résume aussi l’histoire de la plus vielle démocratie du monde.250 ans. Un quart de millénaire. Le 4 juillet célèbre l’anniversaire de la plus vieille démocratie du monde. La plus puissante, aussi, du point de vue économique, militaire et scientifique. Une date qui célèbre d’année en année l’ascension d’une nation à l’hégémonie à ce jour incontestée, fondée sur les valeurs libérales, elles-mêmes inscrites par les Pères fondateurs dans une Constitution qui a servi de modèle au monde occidental.Ça aurait pu être tout cela. Sauf que, le jour de ses 250 ans d’existence, l’Amérique a Donald Trump comme président. Le milliardaire a confisqué à son profit ce moment d’introspection. Et l’a politisé à son image.Car les États-Unis sous Donald Trump, c’est ça, aujourd’hui : un pays qui a transformé une relation transatlantique en un jeu de prédation avec ses propres partenaires ; et qui a bouleversé de l’ordre mondial construit main dans la main sur les ruines du nazisme.Donald Trump a aussi démantelé un supposé "État profond" pour le remplacer par une ploutocratie qui piétine effrontément les institutions les plus essentielles d’une démocratie, notamment le sacro-saint Congrès américain. Un président qui s’arroge un pouvoir d’enrichissement personnel colossal, comme en témoigne la publication de ses comptes cette semaine. Un homme d’affaires bouffi d’orgueil qui, en voulant plaquer son effigie sur un billet de banque, s’achèterait même l’Histoire de son pays.L’Amérique selon Trump, c’est aussi celle de l’Âge d’or, véritable obsession du président milliardaire, qui a vu l’émergence spectaculaire, à la fin du dix-neuvième siècle, des chemins de fer, de l’électricité, du pétrole, de l’acier. C’est l’époque des "barons voleurs", ces capitaines d’industrie à la tête de gigantesques empires monopolistiques.Une Amérique qui entre en troublante résonnance avec l’époque actuelle, où l’intelligence artificielle est tout cela à la foi : communication, énergie, mais aussi puissance financière, militaire et géopolitique. Le tout, une nouvelle fois, rassemblé entre les mains d’une oligarchie auto-proclamée, immortalisée sur les photos autour du président.Pouvoirs illimitésC’est ça l’Amérique de Trump, mais c’est ça, aussi, l’Amérique dans son histoire, dont nous sommes, qu’on le veuille ou non, les légataires. Cette Amérique qui fascine autant qu’elle façonne, dont le rayonnement s’impose à nous, parfois, certes, sous la contrainte, et avec laquelle nous, Européens, lointains cousins, devons apprendre à composer.Cette Amérique de Donald Trump a donc aujourd’hui 250 ans. Et elle est aux mains d’un homme qui se sent plus grand que Guillaume le Conquérant puisque celui-là "n’avait pas d’avions", comme il l’a claironné dans une interview.À voir désormais ce que ce conquérant-ci voudra faire de sa puissance. Cette semaine, la Cour suprême a encore réussi à lui en montrer les limites. Mais pour combien de temps encore ? "La plus grande calamité qui pourrait nous arriver, disait Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des États-Unis, serait la soumission à un gouvernement aux pouvoirs illimités." Une calamité pour les États-Unis, mais aussi pour le monde.
Édito | L’Amérique de Trump, 250 ans d’histoire aux mains d’un seul homme
Donald Trump a réussi à détourner la célébration du 4 juillet sur sa propre personne. Une célébration égocentrée qui, qu’on le veuille ou non, résume aussi l’histoire de la plus vielle démocratie du monde.













