Presque toutes les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis portaient la marque Trump ce 4 juillet, les décisions prises par le président milliardaire d’extrême droite ayant transformé une commémoration officielle de l’histoire américaine en un nouvel épisode de la polarisation politique aux États-Unis. Sous une chaleur suffocante — les températures ont atteint 46 degrés à Washington — cette soirée, millimétrée pour être le "plus grand rallye Trump" selon ses propres mots, a finalement été victime des orages et d’un certain chaos.À quelques heures de son discours, les éclairs ont forcé les Secret Service à évacuer une partie de ses partisans, qui l’attendaient en liesse sur l’immense esplanade du National Mall, avant qu’il ne leur demande de revenir. "J’ai dit : 'Il n’y a pas moyen — même si nous devons parler devant une seule personne à 4 heures du matin, je serai là. Rien ne nous dissuadera.'" a-t-il lancé à la foule Maga (Make America great again), moins dense que prévu. "C’est une soirée inoubliable. Je crois que c’est quelque chose de très spécial." a poursuivi Donald Trump, assurant que la persévérance des participants rendait l’événement "encore plus grand que si nous n’avions pas eu ces éclairs retentissants".Vaincre la “menace communiste” Après une heure de retard et alors que la chaleur sévissait toujours, Donald Trump a finalement annoncé en débutant son speech, à 23 heures, qu’il allait faire "un très long discours… juste pour montrer que je peux tout faire". Comme la veille, lors d’un précédent discours au Mont Rushmore, Donald Trump a ainsi passé une partie conséquente de son temps sur scène à agiter l’un de ses messages politiques préférés du moment : "une menace communiste" à "vaincre rapidement". Une référence non pas historique — rien à voir avec la Russie — mais à la montée des démocrates socialistes au sein du Parti démocrate, à quatre mois des élections de mi-mandat qui pourraient le renforcer ou l’affaiblir. Avant d’exiger que le Congrès n’adopte une loi qui rendrait le vote plus difficile.Une partie de son discours a été dédiée à vanter les valeurs d’une Amérique qui compose son socle de votants, rapport le Washington Post. "Contrairement à tant d’autres pays dans le monde, dans ce pays nous avons la liberté d’expression, la liberté de religion, une justice égale devant la loi — même si je n’ai pas été si bien traité que ça, mais nous n’allons pas entrer dans ce sujet” a-t-il relevé. Mais aussi à l’histoire des États-Unis, le président évoquant selon le New York Times le "génie" des Pères fondateurs, évoquant "Annie Oakley, Buffalo Bill ainsi que Lewis et Clark". Le tout accompagné d’un drapeau "qui, selon lui, fut le premier à flotter au-dessus du pont de Brooklyn", rapporte le journal américain. Et d’un autre qui, toujours selon Donald Trump, "flottait triomphalement lorsque les Britanniques ont agité le drapeau blanc de la reddition à Yorktown".Commémoration nationale devenue rallye trumpiste Ce qui devait être le point culminant des célébrations du 250e anniversaire de la nation semble finalement s’être déroulé comme un nouveau rassemblement trumpiste. "Seuls les grands patriotes sont invités" avait prévenu plus tôt le président des États-Unis, à propos de cet événement en théorie ouvert à tous. À quelques mois des festivités, le chef d’État avait écarté America 250, la commission bipartisane chargée depuis dix ans de préparer les festivités de l’anniversaire, pour la remplacer (en ce qui concerne les festivités de la capitale) par son propre groupe d’alliés politiques, Freedom 250.Avant d’annoncer brusquement qu’il serait la tête d’affiche de la Great American State Fair sur le National Mall, qui s’est déroulée durant deux semaines avant le 4 juillet, se décrivant comme "l’attraction numéro un partout dans le monde, l’homme qui attire des foules bien plus importantes qu’Elvis à son apogée". De nombreux artistes et vendeurs ont pourtant fini par se retirer de la foire, à mesure qu’il est devenu clair que celle-ci n’était pas une célébration mais un événement partisan.Mise en scène du récit Trump Des éléments de son bilan ont évidemment été disséminés entre les éléments historiques. "Nous avons reconstruit notre armée pendant mon premier mandat. Nous nous en sommes un peu servis pendant notre — en fait, je devrais dire troisième mandat, mais je ne vais pas le faire, parce que je ne veux pas de controverse" a semblé narguer le président américain. Dans les pages du Washington Post, le bilan est sans appel. "Comme il l’a fait tout au long des célébrations de cet anniversaire, Trump s’est présenté comme le personnage central du récit qu’il souhaite voir le pays raconter sur lui-même : une Amérique affaiblie avant lui, relancée par lui et célébrant désormais sa fondation grâce à la restauration qu’il a opérée — un "âge d’or" promis." conclut le journal.Au Mont Rushmore, la veille, il avait assuré à la foule qu’il avait "sauvé, presque à lui seul” le Deuxième Amendement et qu’il allait “rendre son identité à notre pays". À l’issue de l’événement, ses détracteurs ont surtout pointé les images de foules clairsemées lors d’un événement autocentré, qui aurait affaibli ce qui aurait pu être une grande célébration civique.