Des prisonniers « humiliés », « déshumanisés »... Une enquête a été ouverte après la plainte de six détenus pour violences et harcèlement moral au sein de la prison ultra-sécurisée de Condé-sur-Sarthe (Orne), a-t-on appris ce vendredi 3 juillet auprès du parquet.Une enquête est « en cours » au commissariat d’Alençon, a indiqué la procureure de la République, Gwenaelle Coto.La direction de la prison de Condé-sur-Sarthe et ses équipes sont accusées par six détenus de volontairement « humilier » et « déshumaniser » les personnes incarcérées au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), afin de briser leur résistance, selon la plainte.VidéoAffaire Lyhanna : les ministres réunis à Matignon par Sébastien LecornuLes QLCO, créés après la loi contre le narcotrafic, sont récents en France. Le premier a été instauré en juillet 2025, à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Le second, à Condé-sur-Sarthe, en octobre 2025. L’objectif est d’isoler des détenus perçus par les autorités comme haut placés dans la criminalité organisée, selon un régime de détention strict inspiré de la lutte anti-mafia en Italie.[2/2] Le mystère des meurtres de la RN20Écouter« Le régime QLCO a été validé par le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel, et a été voulu à une très large majorité par le législateur », a réagi la Chancellerie. « À notre connaissance, il n’y a pas eu de remontée d’avocat auprès de la hiérarchie pénitentiaire se plaignant de Condé-sur-Sarthe. Le cadre est le même qu’à Vendin-le-Vieil, nous n’avons pas connaissance de manquements. Nous verrons les suites qui vont être données » à cela.Fouilles à nu systématiques, accès à la promenade limitéeLes six plaignants rapportent des fouilles à nu systématisées, un accès à la promenade « soumis au bon vouloir » des surveillants et quasi inexistant pour ce qui est des activités, des agents constamment cagoulés, qui les briment… Certains s’adressent à eux par ordre, « sans faire de phrase ».Ces pratiques « quotidiennes » visent à les « intimider » eux et leurs proches, accusent-ils. Les prisonniers reprochent notamment aux agents de palper leurs visiteurs, même enfants. Le « droit de visite » devient alors une expérience « dégradante », affirment-ils.L’avocate de ces détenus, Marie Violleau s’est félicitée auprès de l’AFP de l’ouverture de cette enquête, y voyant « l’espoir désormais que ces zones n’échappent plus au regard ordinaire de l’État de droit ». « Je sais qu’il sera difficile pour la Justice de pénétrer ce milieu opaque, c’est l’occasion de montrer qu’elle est indépendante », a-t-elle ajouté.Les six plaignants sont des personnes mises en examen ou condamnées pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs criminelle ou règlements de compte, selon une source proche du dossier interrogée début juin.