Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Théâtre Théâtre Théâtre Tribune Patrice Spinosi Avocat au Conseil d’Etat A la veille du Festival d’Avignon, et après l’annulation d’une pièce par une municipalité dirigée par le RN, le président de la Fondation Odéon-Théâtre de l’Europe rappelle, dans une tribune au « Monde », que les restrictions à la liberté théâtrale représentent une menace directe pour l’Etat de droit. Publié aujourd’hui à 18h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Samedi 4 juillet s’ouvre le Festival d’Avignon. Depuis Jean Vilar [1912-1971], il est le rendez-vous où le théâtre européen éprouve le plus librement son époque. Cette année encore, les œuvres présentées parlent de la fascination du mal, de l’écologie, des migrations ou des violences sexuelles. Ce n’est pas un hasard si, en Occident, le théâtre est né en même temps que la démocratie. Depuis la Grèce antique, les acteurs interrogent le pouvoir en mettant en scène les fractures de leur temps. C’est la raison pour laquelle le théâtre est devenu une cible politique. L’annulation par la nouvelle municipalité (Rassemblement national) de Castres (Tarn) de Passeport, la pièce d’Alexis Michalik sur le parcours d’un réfugié érythréen, n’est pas un fait divers culturel. Elle révèle une évolution plus profonde : dans les démocraties contemporaines, la liberté de création est l’un des premiers terrains de l’offensive illibérale. Celle-ci peut prendre des formes retentissantes – annulations de spectacles, pressions publiques, controverses entretenues par certains responsables politiques –, mais elle agit surtout de manière diffuse. Dans un contexte de tension budgétaire extrême, le financement public devient un levier de conformité idéologique. Déjà, en 2024, un rapport du Sénat dénonçait les actions d’intimidation dirigées contre les artistes et leurs œuvres. Deux ans plus tard, l’autocensure a gagné les programmateurs culturels et les décideurs publics. Plus besoin d’interdire une pièce lorsqu’on a convaincu le directeur d’un théâtre qu’il est plus prudent de ne pas la programmer. Cette évolution traduit une transformation profonde de la politique culturelle française. Une partie de nos responsables politiques ne considèrent plus une représentation théâtrale comme un espace autonome. Ces élus, comme ceux qui aspirent à le devenir, entendent mettre la création artistique au service d’un projet politique. Un spectacle doit divertir, au mieux instruire, mais certainement pas contester. Il vous reste 50.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.