Société Annulations de spectacles pour cause de désaccord politique, programmateurs de plus en plus frileux, pressions sur certains choix artistiques… Le ministère appelle à protéger la liberté de création par des mesures législatives, vite. « Passeport » d’Alexis Michalik, la pièce sur les souffrances des immigrés que la mairie RN de Castres n’a pas voulu voir jouée sur son territoire. Photo Alejandro Guerrero Par Rémi Guezodje Publié le 12 août 2026 à 12h10 Tout juste publié, le rapport annuel du ministère de la Culture sur la liberté de création décrit un glissement insidieux. Les actes d’entrave se multiplient et prennent de nouvelles formes. Il y a certes les atteintes directes. Telle la dégradation de la devanture de la librairie parisienne Violette and Co, en juillet 2025, du fait de l’assortiment d’ouvrages au sujet du racisme, du colonialisme et de la Palestine. Ou la déprogrammation de la pièce Passeport, du metteur en scène Alexis Michalik, par la mairie (Rassemblement national) de Castres en juin 2026 car le spectacle retrace le parcours d’un Érythréen à Calais. Auxquelles s’ajoute la suspension en juillet du concert de la DJ Barbara Butch, contrainte de quitter la scène du Cabaret frappé, à Grenoble, sous les jets de bouteilles et huées de ceux qui lui présupposaient une approbation des massacres commis par Israël à Gaza. En juillet 2025, la vitrine de la librairie LGBT Violette and Co avait été vandalisée et taguée « à la peinture à l’acide ». Instagram/violetteandco.librairie Mais dans ce contexte, un des dangers serait de ne s’inquiéter que des entraves à la liberté de création apparentes ou revendiquées. Car le ministère dénonce une « progression silencieuse de l’autocensure ». Dix ans après la loi du 7 juillet 2016, qui élève la liberté de création au rang de « liberté publique », comme la liberté d’expression, l’administration tire la sonnette d’alarme. L’autocensure préventive et les pressions informelles prennent une place prépondérante parmi les « 91 mécanismes d’atteintes décomptés en 2025 ». Ainsi, 47 % des institutions culturelles interrogées déclarent avoir déjà modifié ou renoncé à un projet pour éviter des « risques ». Les symptômes de cette dérive ? D’abord un recours à la « notion d’ordre public », invoquée par les édiles pour diluer et neutraliser les choix artistiques. Ensuite l’instauration de « contrats d’engagement républicain » : ces textes officiels signés par les associations subventionnées les contraignent à respecter des « valeurs républicaines », souvent floues. Enfin l’invocation du « principe de neutralité du service public » par les programmateurs, directeurs ou tutelles afin de refuser une œuvre. Le rapport conclut en appelant à une révision « nécessaire » de la loi de 2016. Pour mieux qualifier la spécificité des entraves actuelles, et calibrer une réponse pénale efficace, de toute urgence. À lire aussi : “Je vais me faire emmerder par mon élu” : l’autocensure se déchaîne dans les théâtres À lire aussi : Spectacles annulés, livres interdits… la censure exercée par l’extrême droite menace la création Société Livres Arts Théâtre Liberté d'expression Culture Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama. Merci, et à bientôt. S’abonner