Valentina Grignoli

Journaliste (Cagiallo, Tessin)

Publié le 01 juillet 2026 à 20:24. / Modifié le 01 juillet 2026 à 20:38.

Le loup est revenu peupler nos monts et nos bois avec, dans son souffle, tout un imaginaire de peur et de fascination. L’écrivain italien à succès Matteo Righetto prône, depuis ses premiers romans, de reconsidérer les liens entre l’Homme et la nature. Pour son dernier ouvrage Il richiamo della montagna (L’appel de la montagne, Feltrinelli, 2025, non traduit), il a regardé un loup dans les yeux. Son approche est à la fois philosophique et poétique. «Ce n'est pas en nous séparant de la nature sauvage, en l'éliminant, en effaçant cet aspect qui fait partie de notre vie, que nous vivrons mieux», dit-il. Cela m'a suffi pour sauter dans un train pour Turin afin d'aller débusquer ce sage de la montagne. Je le trouve dans un fauteuil de l’hôtel Alpi, barbe blanche et pipe en bouche. Il est un peu fatigué, il a passé la journée à étudier les textes de Dino Buzzati et Walter Bonatti au Musée national de la montagne, de l'autre côté du Pô. Mais dès que j’évoque le sujet du loup, il s’anime.«Ce prédateur sauvage s'est caché pendant des décennies des yeux des humains, c’est ça qui le rend fascinant. On a tort de le croire effrayant. Il est le miroir de nos consciences les plus anciennes, qui plongent leurs racines dans la nuit des temps, lorsque ces animaux vivaient en étroite relation avec l'Homme et que les communautés les plus sages lui attribuaient des vertus pour l’environnement. Il n’y avait pas, alors, cette conception toxique de séparation entre humain et non-humain».Notre époque voit le plus souvent le loup comme un mangeur-de-moutons-voire-d'enfants, alors qu'il devrait, selon Righetto, représenter, à un autre niveau de réflexion, un retour à notre humanité. «Quel beau paradoxe!», dit-il en posant sa pipe dans le cendrier.