Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Irlande Irlande Irlande Chronique Philippe Askenazy Economiste au Centre Maurice-Halbwachs-PSL A cause de l’augmentation des droits de douane voulue par Donald Trump, le produit intérieur brut de l’Irlande a chuté de 12 % au premier trimestre. Mais la situation est due, pour l’essentiel, au contournement des règles du commerce international par le régime fiscal irlandais, note Philippe Askenazy, dans une chronique au « Monde ». Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Alors que les premières estimations de l’évolution du produit intérieur brut (PIB) irlandais pour le premier trimestre 2026 laissaient présager une baisse de 2 %, les chiffres révisés publiés en juin indiquent une chute de 12,1 %. Celle-ci a entraîné l’ensemble de la zone euro, et même de l’Union européenne, en territoire négatif. Heureusement que les statisticiens irlandais ne vivent pas en France, où des corrections de quelques dixièmes de point entraînent des procès en incompétence… Il est vrai que les citoyens irlandais sont habitués à des à-coups : l’évolution du PIB reflète souvent davantage les stratégies mondiales de quelques multinationales que l’état réel de l’économie nationale. Plutôt que de ne pas s’en étonner, il est intéressant de comprendre ce qui s’est passé. Reprenons la chronologie. De fin 2024 à début 2025, les exportations de médicaments produits en Irlande avaient connu une nette croissance liée à la forte demande mondiale pour certains traitements innovants contre l’obésité. L’annonce de droits de douane par Donald Trump a amplifié cette dynamique par des expéditions anticipées vers les Etats-Unis : les entreprises souhaitaient constituer des stocks avant la hausse des droits de douane. Une fois les stocks pleins, les exportations ne pouvaient que reculer, expliquant cette anticipation d’une baisse de 2 % du PIB irlandais. Mais le retournement du secteur pharmaceutique a, in fine, été bien plus spectaculaire, entraînant un effondrement de 35 % de la production industrielle irlandaise, et donc de 12,1 % du PIB. Car produire en Irlande ne signifie pas fabriquer en Irlande. L’essentiel de cette « production » est provoqué par deux dispositifs utilisés par les entreprises du médicament : le travail à façon et le négoce international. Il y a travail à façon lorsqu’une entreprise – par exemple la filiale irlandaise d’un géant pharmaceutique – agissant en tant que donneur d’ordre fait confectionner un bien par une autre entreprise ; cette dernière peut être une autre filiale du géant et installée n’importe où dans le monde, par exemple aux Etats-Unis. Juridiquement et comptablement, le produit appartient néanmoins tout au long du processus à la société irlandaise. Ainsi, même si le médicament ne touche pas le sol de l’île, la valeur créée peut être enregistrée dans les comptes nationaux irlandais et retirée des comptes des pays où se situent les usines physiques. Les profits associés apparaissent alors comme une production de l’économie irlandaise, pays où la société paye ses impôts. Il vous reste 37.85% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.