À la tête de son propre label, la chanteuse suédoise marque depuis vingt ans la tendance dans la musique pop. Le 1er juillet, à Paris, elle sera sur scène pour interpréter les titres de son dernier album, “Sexistential”, mélange d’euphorie et de mélancolie. Couronnée de succès dans les années 1990, Robyn a ensuite claqué la porte de sa maison de disques, refusant tout compromis avec l’industrie musicale. Photo Casper Sejersen Par Jérémie Maire Publié le 01 juillet 2026 à 08h30 Tout est toujours une question de point de vue chez Robyn. Dans Dancing on My Own (2010), la chanteuse suédoise adoptait le regard d’une amoureuse dont on brise le cœur. Dans Call Your Girlfriend (2010), elle en prenait le contre-pied et devenait la briseuse de ménage. Quelques années plus tôt, dans Blow My Mind (2002), elle était celle qui suppliait un homme de l’aimer. Dans la version 2026 de cette même chanson, l’inoxydable peroxydée y supplie désormais son bébé, né en 2023, de prendre la tétée. Des perspectives mouvantes qui suivent les bouleversements de sa vie d’artiste et, désormais, de mère célibataire de 47 ans. Une chose reste toutefois immuable chez Robyn : à chaque nouvel album, elle donne le diapason de la pop. Sexistential, sorti fin mars, n’y déroge pas. Ses neuf titres électro-pop à la fois dansants et mélancoliques vont à nouveau essaimer dans toute la scène actuelle. Et confirmer sa place de pop star préférée des pop stars… Ainsi qu’une injustice : en dépit de sa reconnaissance critique, Robyn, qui s’emparera le 1er juillet de l’Adidas Arena, n’a jamais atteint la renommée d’artistes qui ont calqué leur son sur le sien, de Charli XCX à Lorde, en passant par Katy Perry ou même Taylor Swift. « Comme je n’ai jamais été attirée par le succès commercial, une grande partie de mes choix n’ont été ni stratégiques ni malins, assume-t-elle en ce début juin depuis Amsterdam, où elle termine sa série de concerts en première partie de Harry Styles. Je me suis en revanche toujours assurée que ma musique soit utile à d’autres personnes. » Être artiste comporte un sacré pouvoir. Nous ne devrions pas nous laisser corrompre ou acheter. La chanteuse Robyn Sans Robyn, pas de pop moderne ? La formule, séduisante, est exagérée, mais pas sans fondement. Car sa longévité, doublée d’une liberté artistique totale, est assez unique pour une artiste aux ambitions grand public. En 1995, entourée des très habiles producteurs Denniz Pop et Max Martin, la très jeune Robin Carlsson, 15 ans, cosigne son premier album, Robyn Is Here. Son single Show Me Love, rengaine R’n’B typique de l’époque, tutoie les cimes des classements américains. Robyn devient une star mondiale (hors France – autre constante de sa carrière), et préfigure la vague des pop stars adolescentes. Max Martin, lui, gagne son ticket vers le succès. Leur maison de disques le charge de façonner le premier tube de la « Robyn américaine » en laquelle ils croient beaucoup : une certaine Britney Spears. Alors que son ex-producteur devient le plus grand faiseur de hits du XXIe siècle, Robyn, lassée des compromis qu’exige l’industrie musicale, claque la porte de sa major et monte avec ses économies son propre label, Konichiwa Records. « Le fait d’être un artiste comporte un sacré pouvoir. Nous ne devrions pas nous laisser corrompre ou acheter, analyse-t-elle, vingt et un ans après avoir sorti le disque Robyn (2005), avec lequel a commencé son émancipation. J’ai passé les dix premières années de ma carrière à travailler dans la partie très commerciale de l’industrie musicale. J’ai consacré les dix suivantes à établir mon propre langage. » Elle l’exprime toutes machines dehors dans une synthpop dansante, qui mélange électro, R’n’B et rap, avant-garde dance et retour aux sons des années 1980, de Kate Bush à Prince. Surtout, elle l’enrobe de paroles d’une sincérité désarmante, mordantes d’ironie, d’humour et de mélancolie, qui jurent avec l’euphorie de ses productions. Elle en confie alors la production à la crème de l’électro scandinave — The Knife, Röyksopp ou Teddybears, dont l’un des membres, Klas Åhlund, deviendra son âme sœur musicale. « L’émotion provoquée par ma musique tient à ces deux facettes : ce n’est ni “la vie est dure” ni “la vie est géniale”, mais les deux à la fois. » À lire aussi : Et si le pays le plus influent de la pop n’était ni l’Angleterre, ni les États-Unis ? Cinq ans plus tard, le quasi parfait Body Talk (2010) érige cette dualité en norme pop. Ironiquement, quand Robyn, en pleine production de son sixième album, Honey (2018), recroise Max Martin, son ex-producteur lui raconte que toutes les artistes qui débarquent dans son studio lui réclament le son de son ancienne protégée. Deux chansons sur Sexistential signent leur rabibochage, dont Talk to Me, hymne à la tristesse passagère de l’onanisme. « Max est un des compositeurs les plus intelligents et malins que je connaisse. Nous sommes partis de rien pour écrire, sans but précis, ce qui était très libérateur. » Sexistential marque aussi le retour de Klas Åhlund : « Je voulais qu’il y ait de l’espace, des pauses et de la ponctuation, à l’inverse de toute cette pop saturée de basses qui domine. Ce que Klas a composé m’a paru vraiment moderne. J’essaie toujours d’écrire la chanson parfaite, et je ne sais pas si c’est encore l’intention de beaucoup de monde aujourd’hui. » Dans la chanson-titre de l’album, Robyn rappe explicitement sur son parcours PMA et ce donneur de sperme qui, dans les fantasmes de la quadra, ressemblait à l’acteur Adam Driver. Sur l’arrivée, enfin, d’un petit garçon, il y a trois ans : « J’avais besoin d’exprimer mon ressenti sur cette période très lourde en raison de mon âge. Je n’avais pas imaginé les choses comme cela. Ce n’est pas un manifeste en faveur de la fécondation in vitro, mais simplement un récit, dans toutes ses dimensions. » Robyn est-elle toujours cette fille qui oublie sa tristesse en dansant seule sur la piste ? À l’écoute de Sucker for Love (« Tu me crois fragile/ Comme si c’était un défaut de ne pas être forte/ Mais qui veut être comme ça ?/ Je suis simplement accro à l’amour »), elle semble avoir de nouveau changé de perspective. « Je ne me suis jamais lassée de ma chanson Dancing on My Own mais ces dernières années j’étais, il est vrai, un peu fatiguée d’être cette personne, confie-t-elle. Et puis, quand j’ai commencé à écrire ce nouveau disque, j’ai eu de nouveau le cœur brisé. Pas à cause d’une rupture, mais parce qu’essayer de devenir parent est un défi existentiel. J’ai alors réappris à apprécier la fille de Dancing On My Own. Oui, elle est seule et vulnérable, oui, elle se laisse guider par ses émotions comme je l’ai longtemps fait, mais elle réussit finalement à s’en sortir. J’ai constaté au cours des dernières années qu’il ne faut pas en avoir honte. Au contraire, j’ai même réactivé cette vulnérabilité tout au long de Sexistential, mais en adoptant un nouveau point de vue. Car je ne suis plus seule dans ma vie. » En concert le 1er juillet, 20h. Adidas Arena, boulevard Ney, Paris 18e. 50-101,50 €. Musique Concert Paris Pop Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
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À la tête de son propre label, la chanteuse suédoise marque depuis vingt ans la tendance dans la musique pop. Le 1er juillet, à Paris, elle sera sur scène pour interpréter les titres de son dernier album, “Sexistential”, mélange d’euphorie et de mélancolie.







