Bien que les centres de données, grands consommateurs d’électricité, soient souvent considérés comme un fardeau énergétique, une étude de la Faculté des sciences et techniques de l'ingénieur de l’EPFL suggère qu’ils pourraient aussi aider l’Europe à réduire ses émissions de carbone en favorisant l’intégration des énergies renouvelables et en limitant le gaspillage énergétique.Selon cette étude, menée par le groupe IPESE (Industrial Process and Energy Systems Engineering) et publiée dans Cell Reports Sustainability, les centres de données pourraient représenter près de 8 % de la demande d’électricité européenne d’ici à 2050. Ces installations, qui font fonctionner l’informatique en nuage (cloud computing), les services de streaming et l’intelligence artificielle, devraient consommer environ 667 térawattheures (TWh) d’électricité par an, soit l’équivalent de la consommation électrique actuelle d’un grand pays européen.Pourtant, les centres de données pourraient également contribuer à la transition énergétique. À l’aide d’une modélisation du système énergétique à l’échelle continentale, l’équipe de l’IPESE a considéré les centres de données comme bien plus que de simples consommateurs d’électricité. Les scientifiques ont pris en compte la chaleur résiduelle générée par les systèmes de refroidissement, ainsi que la flexibilité temporelle et géographique des charges de travail informatiques différées, qui peuvent être reprogrammées ou migrées d'un centre de données à l'autre sans altérer de manière significative la qualité du service.Les scientifiques ont constaté que les centres de données pourraient générer jusqu’à 243 TWh de chaleur récupérable par an, dont une grande partie pourrait être valorisée dans les villes disposant de réseaux de chauffage à distance plutôt que rejetée dans l’environnement. De plus, en programmant certaines activités des centres de données – comme l’analyse de données, les sauvegardes ou certaines tâches d’entraînement de l’IA – pendant les périodes de forte production éolienne et solaire, les opérateurs pourraient contribuer à absorber l’électricité renouvelable excédentaire qui, autrement, risquerait de rester inutilisée.« Le déplacement des charges de travail flexibles vers les périodes où la production d’énergies renouvelables est abondante pourrait réduire le taux d’écrêtement des énergies renouvelables en Europe – c’est-à-dire la part de l’électricité renouvelable qui n’est pas utilisée – d’un peu plus de 9 % à environ 6,5 % », explique Sai Sudharshan Ravi, auteur principal de l’étude et doctorant à l’IPESE. « Cela pourrait aider l’Europe à mieux valoriser les quantités croissantes d’énergie éolienne et solaire tout en réduisant le gaspillage énergétique. »Les scientifiques estiment que leurs résultats soulignent la nécessité d’intégrer les infrastructures numériques dans la planification à long terme de la décarbonation et dans l’élaboration des politiques énergétiques européennes. Aujourd’hui, la plupart des modèles de systèmes énergétiques tendent à ignorer la demande des centres de données ou à la considérer comme un élément relativement mineur de la consommation totale d’électricité.« Des politiques favorisant la flexibilité des charges de travail, l’interaction avec le réseau électrique et la récupération de chaleur pourraient contribuer à transformer les centres de données, qui passeraient du statut de consommateurs passifs d’électricité à celui d’acteurs actifs d’un système énergétique plus propre et plus efficace », résume Sai Sudharshan Ravi.RéférencesRavi S, Schnidrig J, Wen D, Trutnevyte E, Aklin M, Maréchal, F. Workload-flexible data centers reduce renewable curtailment in Europe’s net-zero energy system. Cell Reports Sustainability (2026). 10.1016/j.crsus.2026.100755
Des centres de données flexibles pour la transition énergétique
Bien que les centres de données, grands consommateurs d’électricité, soient souvent considérés comme un fardeau énergétique, une étude de la Faculté des sciences et techniques de l'ingénieur de l’EPFL suggère qu’ils pourraient aussi aider l’Europe à réduire ses émissions de carbone en favorisant l’intégration des énergies renouvelables et en limitant le gaspillage énergétique.











