La formation continue des enseignant·es aussi doit se baser sur les données. Un outil d'évaluation des formations développé au Centre LEARN offre une solution issue de la recherche translationnelle. C’est dans le cadre de son engagement dans la réforme visant à introduire l’éducation numérique dans les établissements scolaires vaudois (ÉduNum 2017-2022) que Sunny Avry a conçu le Digital Training Companion (DTC). Confronté au besoin de fournir aux formatrices et aux formateurs du Centre LEARN des outils facilitant l’évaluation de leurs formations, il a imaginé une solution faisant des données d’évaluation un véritable levier pour favoriser la mise en œuvre concrète des apprentissages sur le terrain.Un constat de terrain à l'origine du projetChargé de suivre et d’analyser l’impact des formations professionnelles destinées aux enseignantes et aux enseignants, Sunny Avry a rapidement constaté un décalage important entre les contenus abordés en formation et leur mise en oeuvre effective en classe. Les taux de transfert sur le terrain se révélaient en effet plus faibles qu’espéré. Une question s’est alors imposée : quels étaient les obstacles empêchant les apprentissages acquis en formation de se traduire concrètement dans les pratiques pédagogiques ?« Notre équipe avait développé du matériel pédagogique destiné à être diffusé en cascade, des expertes formatrices et experts formateurs aux enseignantes formatrices et enseignants formateurs, puis aux enseignantes et enseignants. Il était essentiel de pouvoir vérifier, à chaque étape, que le transfert de compétences s’opérait réellement, que les ressources pédagogiques atteignaient leurs objectifs et que cela se traduisait, au final, par des apprentissages concrets chez les élèves », explique Sunny Avry.Un outil pour dépasser la simple évaluation de satisfactionPour répondre à ces enjeux, il a donc développé le DTC, une application web conçue pour collecter et analyser automatiquement les données pertinentes liées aux formations et à leur transfert sur le terrain. L’outil s’appuie sur un modèle élaboré à l’EPFL, lui-même inspiré du modèle d’évaluation de Thomas Guskey, aujourd’hui considéré comme une référence internationale dans le domaine de l’évaluation de la formation en éducation.«Savoir si une enseignante ou un enseignant a apprécié sa formation ne suffit pas à vérifier que les contenus sont maîtrisés et applicables en classe. Les enquêtes de satisfaction seules laissent dans l'ombre beaucoup trop de facteurs», souligne-t-il.Le DTC permet d’éclairer chaque étape du processus formatif et de mettre en évidence aussi bien les facteurs de réussite que les points de tension. Il a notamment montré que certaines contraintes organisationnelles telles que des ressources inadaptées ou l’absence de soutien technique et pédagogique dans les établissements pouvaient rapidement freiner la mise en œuvre des contenus vus en formation.Ces obstacles de terrain, souvent invisibles dans les questionnaires de satisfaction post-formation, jouent pourtant un rôle majeur dans le faible transfert des acquis en classe. Leur identification a permis d’affiner l’analyse des situations et d’orienter des ajustements concrets : adaptation des pratiques des formatrices et formateurs, renforcement du rôle des personnes ressources dans les établissements et intensification du dialogue avec les directions d’école.D'ÉduNum à une ambition plus largeÀ l'issue de la réforme vaudoise, Sunny Avry et son équipe ont choisi de poursuivre le développement du DTC, avec le soutien du hub BeLEARN. Deux financements successifs ont permis d'élargir le périmètre du projet au-delà de l'EPFL et de tester l'outil dans d'autres cantons suisses, et même à l’étranger. L’année passée, une collaboration avec le Réseau Canopé, organisme de formation du personnel enseignant en France et avec le Singapore Institute of Technology a permis de former à l’outil plusieurs dizaines de formateurs et formatrices.« Les financements BeLEARN nous ont permis de sortir du contexte EPFL et d'adapter notre outil aux besoins de la formation continue dans d’autres contextes et à plus large échelle. »La naissance de l’association evꜵlutionLa création de l’association evꜵlution marque une nouvelle étape importante. Cette structure vise à pérenniser le projet en dehors du cadre académique et à proposer une offre de services plus large.« De plus en plus d’organisations prennent conscience de la nécessité d’appuyer leurs dispositifs de formation sur des données et des approches issues de la science de l’apprentissage, afin de mieux en mesurer l’impact et d’en améliorer l’efficacité. Les services que nous développons s’inscrivent dans cette dynamique, en proposant des outils concrets pour accompagner ce changement de paradigme», explique Sunny Avry.Pour ce faire, l’équipe réunit des profils complémentaires, organisés entre recherche et terrain. La dimension recherche s’appuie sur l’EPFL avec Maria Pannatier, chercheuse en sciences de l’apprentissage et secrétaire de l’association, ainsi que Johann Groll, développeur full stack. La dimension de mise en œuvre et de déploiement auprès des publics est portée par Sunny Avry, adjoint scientifique au DIP à Genève, et Émilie-Charlotte Monnier, doctorante en sciences de l’éducation à la HEP Vaud.Un événement de lancement ouvert au public aura lieu le 3 septembre prochain à l’EPFL. Il permettra de découvrir le Digital Training Companion ainsi que l’association evꜵlution, et d’explorer différentes opportunités de collaboration.
Le Digital Training Companion au service de la formation continue
La formation continue des enseignant·es aussi doit se baser sur les données. Un outil d'évaluation des formations développé au Centre LEARN offre une solution issue de la recherche translationnelle.










