Clap de fin pour la cinquantième édition du Festival du film d’animation d’Annecy, marqué par l’inauguration de la Cité internationale de l’animation, une sélection enthousiasmante et un Cristal du meilleur long métrage décevant. Par Adèle Buijtenhuijs Publié le 28 juin 2026 à 11h06 « La Violoniste » de Ervin Han et Raúl García, Cristal du long métrage, un récit académique qui explore une page assez méconnue de l’histoire de l’Asie du Sud-Est. © Throne Ink. Ervin HAN, Raúl GARCÍA Avec un record de 19 100 accrédités venus de dix-huit pays différents et l’inauguration de la Cité internationale de l’animation, cette 50e édition du Festival d’Annecy avait tout d’un grand cru. Dommage que certains choix du palmarès, dévoilé ce samedi, n’aient pas toujours été à la hauteur d’une sélection pourtant foisonnante et audacieuse. Lors d’une manifestation de ce genre, les pronostics vont bon train. Il suffit de tendre l’oreille entre deux séances. Les festivaliers semblaient s’accorder sur deux favoris : In Waves, de Phuong Mai Nguen, présenté en ouverture de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes et Le Corset de Louis Clichy, découvert sur la croisette dans la catégorie Un certain regard — où il a remporté le Prix spécial du jury. Si le premier est reparti bredouille, le second peut se targuer d’avoir reçu (et à juste titre), le Prix Fondation Gan à la diffusion, le Prix du public et le Prix du jury. Succéder à Arco d’Hugo Bienvenue, Cristal du long métrage l’an dernier, J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin en 2019, ou Ma vie de courgette de Claude Barras en 2016 n’avait rien d’une mince affaire. Mais La Violoniste, récompensé cette année, est loin de posséder la singularité et la force de ses prédécesseurs. Fruit d’une production internationale entre Singapour, l’Espagne et l’Italie, le film réalisé par Ervin Han et Raúl García a au moins le mérite d’explorer une page assez méconnue de l’histoire de l’Asie du Sud-Est. Dans le Singapour colonial des années 1930, Fé et Kai (elle, jeune fille de bonne famille, lui, orphelin domestique), nourrissent le même rêve : devenir de grands violonistes. L’invasion japonaise de 1941 leur réserve un tout autre destin : Kai rejoint la résistance, tandis que Fei passera sa vie à rechercher cet ami perdu. Académique, le récit peine à trouver un fil narratif tangible et enchaîne les poncifs, du gentil soldat japonais pris de pitié au pseudo-transfuge de classe. On regrette par-dessus tout le classicisme de l’animation, qui tranche avec les tentatives plus expérimentales de certains films de la compétition. Dans la catégorie Contrechamps, Une aube nouvelle de Yoshitoshi Shinomiya, fable écologique, époustouflante visuellement mais pauvre narrativement, repart avec le Prix du jury. Quelle joie, en revanche, de voir le Grand Prix remporté par Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Gigue, pépite d’animation traversée par un humour burlesque, et déjà applaudi lors de son passage à l’ACID cette année. À lire aussi : Les alléchantes annonces des studios Disney Pixar au Festival d’Annecy 2026 À cette exception près, la comédie n’était pas vraiment au menu de cette édition : difficile d’échapper aux récits de deuil, de guerre, d’absence ou de maladie. Dans In Waves (adaptation réussie du roman graphique de AJ Dungo, bien qu’un peu trop marquée par les codes du teen movie), le personnage principal fait face au cancer de son grand amour. La jeune Lucy est elle aussi confrontée à la perte dans Lucy Lost — joli film qui souffre néanmoins de quelques faiblesses scénaristiques. Tangles, premier long métrage de Leah Nelson, aura fait couler bien des larmes en racontant l’histoire de Sarah et de son combat contre l’Alzheimer de sa mère. Sans tomber dans la morosité, la sélection a aussi mis en avant l’amitié comme remède puissant face au drame. La preuve avec Peleliu guerre au paradis de Goro Kuji (présenté en Contrechamps), petit bijou émouvant et délicat, où deux soldats affrontent ensemble l’horreur de la Seconde Guerre mondiale. Avec son feu d’artifice de couleurs, de chants et de fantaisie, le merveilleux Carmen, l’oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach met en scène une bande de petits voyous au grand cœur se serrant les coudes pour surmonter les tragédies qui les entourent. Enfin, si le film Pat Patrouille : Mission Dino a été projeté en avant première mondiale, les chats ont définitivement régné sur Annecy : omniprésents dans le dernier Pixar, Nero chat noir, et dans la nouvelle série d’animation de Ricky Gervais, Alley Cats. À lire aussi : Dans la fabrique de “Carmen, l’oiseau rebelle”, de Sébastien Laudenbach, spin-off animé de l’opéra de Bizet Cinéma Festival international du film d’animation d’Annecy Animation Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Annecy 2026 : un Cristal décevant à « La Violoniste », malgré une sélection audacieuse
Clap de fin pour la cinquantième édition du Festival du film d’animation d’Annecy, marqué par l’inauguration de la Cité internationale de l’animation, une sélection enthousiasmante et un Cristal du meilleur long métrage décevant.










