L’hymne du film de Milos Forman, adapté de la comédie musicale créée à Broadway dix ans plus tôt, portait les espoirs d’une génération. Qu’a vite douchés la guerre au Vietnam… Retour sur une désillusion gaiement chantée. Filmé par Milos Forman en 1979, l’hymne à la liberté de l’Amérique opposée à la guerre du Vietnam. CIP/DR Par Cécile Mury Publié le 27 juin 2026 à 21h00 Bienvenue dans « l’ère du Verseau », qu’annonce Aquarius, chanson d’ouverture de la BO de Hair. Cet âge de liberté, d’amour et de pâquerettes dans les cheveux promettait le plus radieux des avenirs à l’humanité en général, et à la jeunesse hippie en particulier. Lorsque sort le film de Milos Forman, en 1979, ce grand espoir générationnel n’est pourtant déjà plus qu’un souvenir doux-amer, celui de 1968, l’époque où triompha la comédie musicale à succès de Broadway dont il est l’adaptation. Composée onze ans plus tôt, donc, la chanson Aquarius (paroles de James Rado et Gerome Ragni, musique de Galt MacDermot) lance le film en célébrant une aube (« This is the dawning… ») qui ne vit guère le jour, et Milos Forman la met déjà en scène comme une vision de paradis fragile. Juste avant d’entrer dans l’armée, le jeune Claude Bukowski (John Savage) débarque à Central Park pour y voir s’ébattre une joyeuse bande de rebelles — dont le fantasque George Berger (Treat Williams), qui vient juste de brûler son ordre de mobilisation pour la guerre du Vietnam. Aquarius, interprétée par Ren Woods, soulève et enchante les corps sur une inoubliable chorégraphie de Twyla Tharp, alors star de la danse contemporaine. Sur l’herbe et sous les arbres, dans une enclave de nature au cœur de New York, ce premier numéro musical concentre tout l’esprit hippie : les costumes chatoyants, les crinières ébouriffées et, surtout, la grâce lumineuse d’une danse collective qui célèbre la liberté sexuelle et l’impertinence. En 1969, Aquarius, cet hymne solaire (voire cosmique), avait été fusionné avec une autre chanson de la comédie musicale de Broadway, Let the Sunshine in. Interprété par le groupe The 5th Dimension, ce « medley » avait alors triomphé aux États-Unis, restant six semaines d’affilée numéro 1 au hit-parade. Aujourd’hui, on ne peut s’empêcher d’entendre cette version comme une sorte de condensé du film. Let the Sunshine in conclut en effet l’adaptation ciné : après une erreur tragique, la promesse psychédélique laisse place à une prière funèbre. Chanté notamment par Annie Golden et repris par le chœur, le morceau accompagne le départ des soldats dans la gueule noire d’un avion militaire, se prolonge devant une tombe, puis s’élargit en manifestation pacifiste devant la Maison-Blanche… D’Aquarius à Let the Sunshine in, Forman fait ainsi parcourir à Hair tout le trajet d’une génération sacrifiée, mais déterminée à « laisser entrer le soleil », envers et contre tout. Hair, samedi 27 juin à 00h15 sur France 3. Découvrir la note et la critique “Hair”, de Milos Forman : un monument de la culture hippie Cinéma Bande originale de film Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus