Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans étrangers Romans étrangers Romans étrangers Dans cette dystopie drôle et émouvante, l’écrivain américain évoque des Etats-Unis plus que jamais autoritaires à travers les yeux de Vera, une jeune surdouée. Article réservé aux abonnés « Vera dans son monde » (Vera, or Faith), de Gary Shteyngart, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques, L’Olivier, 240 p., 22 €, numérique 16 €. Voilà qui paraît loin. Il fut un temps où la dystopie n’avait pas phagocyté le domaine romanesque. Où elle ne semblait pas être la seule (ou presque) voie possible à qui ambitionnait d’écrire de la fiction. Quand Gary Shteyngart a publié Super triste histoire d’amour (L’Olivier, 2012), le genre était suffisamment peu répandu pour que ce troisième roman, brillantissime, soit présenté dans ces pages mêmes comme une « contre-utopie ». Depuis, la dystopie a prospéré en littérature à mesure que l’actualité donnait l’impression de lui laisser les rênes de l’actualité. On ne compte plus les romans se projetant dans un futur proche ou distant (il y est en tout cas souvent question d’incendies ou de dictatures). Vera dans son monde en relève. Pour s’inscrire dans la même veine que tant d’ouvrages récents, il ne ressemble cependant à aucun. Il parvient à éblouir à jets continus par son intelligence et sa drôlerie, tout en touchant au cœur. Le roman est situé dans une poignée d’années – une dizaine après le début de la pandémie de Covid-19. Gary Shteyngart, qui, dans Super triste histoire d’amour, devançait bien des évolutions des smartphones (et l’impact de leur usage sur les esprits et les institutions), ne se hasarde pas à anticiper trop précisément les changements advenus dans les champs politique et technologique. Disons que l’illibéralisme a progressé aux Etats-Unis et que les cycles reproductifs des femmes y sont traqués par les autorités. Et ce qui aurait fait figure d’éléments de science-fiction il y a quinze ans, un jeu d’échecs doté d’une IA conversationnelle (baptisé « Kaspie » en hommage à Gary Kasparov) et une voiture autonome elle aussi dotée de parole (Stella, de son petit nom), ne provoque pas un mouvement de sourcil chez le lecteur. Il vous reste 63.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.