Publié le 24/06/2026 10:44
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France Télévisions
Jamy Gourmaud a participé à une campagne de communication de Santé publique France sur le Nutri-score. En coulisse, l’une de ses vidéos n’a pas plu au lobby de l’agroalimentaire, l’ANIA, qui a demandé à Matignon d’en modifier le contenu. "Cash Investigation" a mis la main sur des mails, jusque-là jamais révélés, qui dévoilent les méthodes d’influence de l’ANIA. Extrait d'une enquête de "Cash Investigation" à voir le 25 juin sur France 2.
Sodas, bonbons, brioches, glaces, nuggets... Omniprésents dans les supermarchés, les aliments ultratransformés sont très présents dans nos assiettes. Aujourd’hui, en France, ils représentent 35% des calories ingérées par les adultes et jusqu’à 46% chez les enfants. Mais certains d'entre eux ne sont pas sans impact sur la santé : selon certaines publications scientifiques, ils sont associés à un risque augmenté de pathologies comme l'obésité, le diabète, ou même certains cancers...Face à ces études scientifiques, les industriels de l'agroalimentaire ont développé des stratégies d'influence pour continuer à vendre leurs produits. "Cash investigation" révèle comment l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA), le lobby de l’agro-alimentaire, a tenté de faire supprimer le terme "ultratransformé" d’une vidéo pour Santé publique France.Le magazine a notamment mis la main sur un mail envoyé par l'ANIA aux services du Premier ministre, à Matignon, pour faire modifier une vidéo réalisée par le journaliste et animateur d'émissions scientifiques Jamy Gourmaud, disponible sur son média en ligne Epicurieux. En 2025, il a fait plusieurs petits films sur le Nutri-score dans le cadre d'un partenariat avec l'agence nationale Santé publique France. Dans l'un d'eux, il conseille de "cuisiner maison", ce qui "permet de limiter les produits ultratransformés". C'est l'utilisation de ce terme, "ultratransformés", qui a choqué le lobby. Dans le courrier, signé par le directeur de l'ANIA, on peut notamment lire : "Cette vidéo de l'influenceur Jamy Gourmand (sic) mentionne l'ultratransformation de produits agroalimentaires. Je vous remercie de nous préciser s'il s'agit d'une erreur grossière qui va être corrigée rapidement."Elise Lucet a fait lire ce mail à Jamy Gourmaud. Sa réaction ? "Mais... qu'est-ce qui leur passe par la tête ? Je pense que c'est une perte de temps, ils auraient mieux fait de m'appeler pour me demander pourquoi je l'avais utilisé !" Il dit ne pas comprendre en quoi le terme "ultratransformé" pourrait gêner le lobby.La correspondance de l'ANIA stipule ensuite : "Nous ne comprenons pas comment les conclusions du rapport de l'Anses sur les aliments dits « ultratransformés » peuvent ne pas être pris en compte dans les communications Santé publique France." L'avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), publié en novembre 2024, conclut en effet à "l’absence de définition consensuelle des aliments qui seraient à considérer comme « ultratransformés »", et conseille de poursuivre les recherches scientifiques. Depuis sa publication, l'ANIA s'appuie sur ce texte pour que le terme "aliments ultratransformés" ne soit plus utilisé dans certaines politiques de santé publique en France.Qu'en pense Jamy Gourmaud ? "Il y a des aliments qui sont transformés un peu. Quand vous faites des confitures, vous transformez un aliment. Le pain est un aliment transformé. Mais quel terme utiliser quand il s'agit de certains aliments de base qui sont déstructurés ?" questionne-t-il. Il explique qu'il s’agit de produits "dans lesquels on va mettre les fibres d'un côté, les sucres d'un autre, les protéines d'un troisième... pour ensuite recombiner tous ces éléments. Le terme qui existe, c'est « ultra »... La demande de l'ANIA lui semblant parfaitement incompréhensible, il persiste : il continuera à utiliser le terme "ultratransformé", et "pas avec parcimonie".Contactée, Santé publique France a affirmé ne pas être au courant de cette protestation de l’ANIA. Sollicité, Matignon n’a pas répondu aux questions de "Cash Investigation". Quant à l’ANIA, elle a refusé toute interview et estime, à propos du mail envoyé à Matignon, avoir porté "la voix de la filière auprès des pouvoirs publics".Extrait de "Aliments ultratransformés : dans les arrière-cuisines des industriels", une enquête de "Cash Investigation" à voir le 25 juin 2026 sur France 2.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de franceinfo, rubrique "Les émissions".









