Trouver un emploi, déménager dans un autre coin de pays et commencer une nouvelle vie, tout cela en une dizaine de jours : un projet pilote de placement en emploi en mode « express » semble avoir trouvé une formule gagnante pour permettre aux demandeurs d’asile d’intégrer le marché du travail, particulièrement en région.Lancé en septembre 2024, le programme du Centre d’appui aux communautés immigrantes (CACI), à Montréal, a dépassé ses propres attentes.Sur 2000 demandeurs d’asile participants depuis ses débuts, 1225 se sont trouvé un emploi, dont 560 (46 %) en région. Le programme affiche un intéressant taux de rétention en emploi de 72 % après trois mois.La formule est simple : l’organisme à but non lucratif joue le rôle d’intermédiaire entre les demandeurs d’asile, qui ne sont pas admissibles aux services gouvernementaux d’aide à l’emploi, et les employeurs. D’un côté, le CACI prépare les candidats en les aidant à bâtir leur CV, à passer une entrevue et à comprendre les codes culturels du marché du travail québécois. De l’autre, il reçoit les offres des entreprises, fait une présélection de travailleurs aptes à y répondre et organise des rencontres en personne ou en ligne.« Généralement, à l’intérieur de 10 jours, tout est conclu », affirme Anait Aleksanian, directrice générale du CACI.La vitesse est un élément clé du succès, selon elle. « Après les entrevues, on s’attend à ce qu’à l’intérieur de quelques jours, l’entreprise confirme l’embauche et que la personne choisie déménage pour commencer l’emploi. Parce que si on tarde trop, on perd la motivation des demandeurs d’asile », explique la dirigeante du CACI.L’employeur doit également assumer les frais de transport vers la région et trouver un premier logement à son nouvel employé. Le CACI assure un accompagnement tout au long du processus, et ce, plusieurs mois après l’installation.Le projet, qui s’adresse aux demandeurs d’asile bénéficiaires de l’aide financière de dernier recours qui résident à Montréal ou à Laval, n’avait pas comme but premier de participer à la régionalisation de l’immigration. Mais le placement en région s’est rapidement imposé comme une avenue valable. « On voulait répondre aux besoins économiques des régions et des entreprises qui ne savaient pas quoi faire pour trouver de la main-d’œuvre, surtout avec la diminution du nombre de travailleurs étrangers temporaires », précise Mme Aleksanian.Le programme peut se vanter d’avoir permis à des demandeurs d’asile de se trouver des emplois dans les 17 régions administratives du Québec, du Nord-du-Québec à la Gaspésie, en passant par l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord.« On pouvait les placer à Montréal, mais à Montréal, tout coûte très cher. C’est très difficile de trouver un logement. Tout leur salaire va seulement pour payer le loyer. Et ce n’est pas tout le monde qui veut vivre dans une grande ville », indique Anait Aleksanian.Le projet demande évidemment des candidats qui sont prêts à tenter l’expérience hors des grands centres. « Ce doit être un choix assumé. La personne doit sûre qu’elle sera heureuse dans la région, que c’est le meilleur choix pour elle et pour sa famille, qu’elle va pouvoir s’y établir à long terme », souligne Mme Aleksanian.C’est aussi le but des entreprises qui participent à l’initiative. « Nous, ce qu’on recherche, ce sont des gens qui veulent s’établir ici et prospérer dans l’entreprise », explique Gabriel-Xavier Ernestine, technicien aux ressources humaines dans l’entreprise de transformation alimentaire duBreton. La compagnie basée à Rivière-du-Loup a embauché 108 travailleurs d’usine par l’entremise du CACI, principalement originaires d’Haïti, du Congo et de la Guinée.Pour les employeurs, l’avantage est double : contrairement aux agences de placement, le service du CACI est gratuit, et le nombre de demandeurs d’asile dans une entreprise n’est pas assujetti à une limite, comme c’est le cas pour les travailleurs temporaires.Le projet-pilote prendra fin en décembre prochain. Anait Aleksanian a bon espoir que son bailleur de fonds, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, le reconduise, et même que la formule soit copiée par d’autres organismes. « C’est un processus qui fonctionne. Il n’y a pas de raisons de ne pas l’appliquer ailleurs. »Le Québec compte en 2026 près de 190 000 demandeurs d’asile, soit 37 % du total canadien.Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.
Un programme express pour trouver un emploi aux demandeurs d’asile
Le CACI, à Montréal, semble avoir trouvé une formule gagnante.










