L’« oracle », le « maestro » : Alan Greenspan, qui est entré dans la mythologie financière après une longévité quasi inégalée à la tête de la Réserve fédérale (Fed), a aussi vu sa réputation ternie par la crise financière de 2008.L’énigmatique génie de la finance, qui a régné sans partage sur la politique monétaire américaine pendant 18 ans, de 1987 à 2006, à la présidence de la Fed, s’est éteint lundi à l’âge de 100 ans.Celui qui avait érigé la déclaration alambiquée en instrument d’influence monétaire est parvenu à inspirer la confiance sur les marchés financiers et à travailler aussi bien avec des présidents américains républicains que démocrates.« Je dois vous dire que, si je semble particulièrement clair, c’est sans doute que vous ne m’avez pas compris », avait-il ironisé dans un discours en 1988. Ses petites phrases ont toutefois souvent fait trembler les marchés financiers, à l’instar de son commentaire sur leur « exubérance irrationnelle » en décembre 1996 en pleine montée de la bulle Internet.
Fils d’un courtier en Bourse de religion juive qui quittera rapidement le foyer et d’une vendeuse d’origine polonaise, Alan Greenspan est né le 6 mars 1926 à New York.Marquant un net penchant pour les mathématiques dès son plus jeune âge, il fréquente aussi une école de musique et tâtera du jazz comme clarinettiste. Mais il choisira rapidement de faire carrière dans la finance.L’une des influences intellectuelles les plus notables exercées sur lui aura été celle d’Ayn Rand, une romancière-philosophe libertaire (1905-1982) qui fonde le mouvement de « l’objectivisme », prônant les vertus de l’individualisme rationnel et du capitalisme du « laisser-faire ».Ayn Rand était une amie de sa première femme, la peintre Joan Mitchell, épousée en 1952 mais dont il se séparera au bout d’à peine un an. Il ne se remariera qu’en 1997 à 71 ans avec son amie de longue date Andrea Mitchell (sans rapport avec la précédente), journaliste vedette de la chaîne de télévision américaine NBC.C’est avec Richard Nixon qu’il entre en politique, lorsque, après avoir fondé un cabinet de consultant économique, il est engagé comme conseiller lors de sa campagne présidentielle victorieuse en 1967. Il sera ensuite nommé chef des conseillers économiques de la Maison-Blanche en 1974, juste avant que Nixon ne soit contraint de démissionner après le scandale du Watergate.Cinq mandatsNommé par Ronald Reagan à la tête de la Fed en 1987 où il succède à Paul Volcker, Alan Greenspan, seulement en poste depuis quelques semaines, fait face à un des plus grands krachs de l’histoire, le fameux « Lundi noir » 19 octobre 1987. La bourse américaine perd plus de 20 % en une journée. Par son action prompte où la Fed injecte de massives liquidités pour assurer le refinancement des banques, il sort victorieux de ce baptême du feu.











