Et si l'armée russe n'avait plus de secrets ? C'est en tout cas le postulat de l'Ukraine, qui entend tirer parti de ses connaissances militaires accumulées depuis le premier jour de l'invasion russe sur son sol, le 24 février 2022. Mykhaïlo Fedorov, nommé en janvier ministre de la Défense, a annoncé vendredi 19 juin la mise en ligne de TrophyLab. Cette page aux couleurs sombres, qui joue sur les codes futuristes, est en réalité une immense base de données. Elle recense tout ce que l'armée ukrainienne sait des équipements militaires russes. "Chaque missile, drone et véhicule saisi sur le champ de bataille est désormais une source de connaissances pour le monde libre", a écrit sur X Mykhaïlo Fedorov.Affichant chaque équipement russe comme autant de prises de guerre, TrophyLab recense 115 drones, missiles ou véhicules, classés dans 79 catégories. Chaque notice comprend les caractéristiques techniques, le plan ou encore l'analyse des composants des équipements. En complément, 225 études sont proposées par des laboratoires, des centres d'ingénierie ou de recherche spécialisés dans l'armement. TrophyLab n'est toutefois pas une plateforme ouverte à n'importe qui : le ministre de la Défense précise que seuls "les gouvernements alliés, les laboratoires et les fabricants de technologies de défense" y ont accès sur demande.Une fois l'enregistrement effectué, les utilisateurs peuvent naviguer dans la base de données, mais aussi demander à recevoir des échantillons physiques pour effectuer des tests. Cela "réduit considérablement le cycle de développement des contre-mesures", indique Mykhaïlo Fedorov, qui y voit une arme pour "défendre la démocratie". Une fois le test effectué, il est même possible de demander la destruction du matériel envoyé, à condition de préciser le protocole de test utilisé. Chaque utilisateur peut ainsi publier ses propres résultats de recherche. Ceux-ci deviennent accessibles après modération. Le procédé évite les doublons et ouvre la possibilité d'accélérer les recherches en formant des groupes à l'échelle mondiale entre les alliés de l'Ukraine. Ces tests collaboratifs doivent, in fine, permettre à Kiev de garder une longueur d'avance, en développant par exemple des armes défensives avant même que Moscou n'ait mis sur pied ses derniers prototypes militaires.L'expertise technologique, un atout majeurL'Ukraine a fait de l'avancée technologique l'un de ses atouts dans la guerre contre la Russie. On estime que 90 % des pertes russes sont ainsi infligées par des drones ukrainiens, comme le développait récemment dans nos colonnes Volodymyr Zinovskyi, PDG d'une entreprise pionnière dans le domaine, TAF Industries. L'armée dispose aussi, entre autres, d'un robot équipé d'une tourelle mitrailleuse, manœuvrable à cinquante kilomètres de distance. Le pilote, souvent camouflé dans une forêt, utilise par exemple cette arme pour bloquer ou ralentir l'avancée de troupes groupées sur un terrain découvert.L'expertise ukrainienne est reconnue à l'international : en avril, plusieurs de ses spécialistes en la matière ont fait le déplacement pour aider plusieurs pays du Golfe à lutter contre les drones Shahed, fabriqués par l'Iran. Du côté des Vingt-Sept, l'Allemagne a récemment signé un partenariat avec l'Ukraine. Concrètement, les deux pays vont coopérer militairement, alors que l'armée allemande est en sous-financement chronique depuis plusieurs années. La France s'est aussi engagée dans cette voie depuis le mois de février. Le projet "Brave France" vise à "promouvoir le développement de solutions technologiques innovantes conjointes au bénéfice" des deux armées, indique le site internet du ministère de la Défense française.L'enjeu est stratégique : différents rapports, comme celui du International Institute for Strategic Studies, montrent que l'effort de guerre ukrainien dépend de plus en plus des États-Unis sur le plan financier. Le Kiel Institute, basé en Allemagne, rapporte qu'au 31 décembre 2025, Washington avait alloué 115 milliards d'euros à l'Ukraine depuis le début de la guerre, contre 84 milliards d'euros pour l'Europe. Mais les États-Unis se désengagent sur d'autres volets tout aussi cruciaux. Dès son retour au pouvoir, en janvier 2025, Donald Trump avait annoncé la fermeture de l'Agence américaine pour le développement international, et la suspension du financement des nombreuses ONG qui documentent des crimes de guerre commis en Ukraine.
TrophyLab : la base de données ukrainienne qui dissèque l’arsenal militaire russe
Le ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, a dévoilé le 19 juin TrophyLab, une base de données qui répertorie ses connaissances en matière d'équipements militaires russes. Une façon de renforcer sa coopération avec les pays alliés.
TrophyLab (lancée le 19 juin) contient 115 équipements russes capturés pour développement collaboratif de contre-mesures entre alliés. La plateforme valorise l'expertise drone ukrainienne (90% des pertes russes) en accélérant l'innovation défensive NATO par R&D partagé.










