Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle Chronique Stéphane Lauer Editorialiste au « Monde » L’administration américaine vient d’ordonner au géant de l’IA de couper l’accès de tout étranger à ses modèles de langage les plus avancés. Ce geste, plus qu’un acte de force ou de souveraineté, trahit l’incapacité de Washington à contrôler cette technologie, estime Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ». Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Au nom de la sécurité nationale, l’administration Trump a ordonné, le 12 juin, à Anthropic, l’un des acteurs majeurs de l’intelligence artificielle (IA), de suspendre l’accès de tout ressortissant étranger à ses modèles les plus avancés, Fable 5 et Mythos 5. Ce geste se veut être un acte de puissance. Mais il a surtout révélé l’inquiétude d’un Etat découvrant qu’une part croissante de sa capacité stratégique lui échappe. Celle-ci ne lui a pas été confisquée par un adversaire, mais il l’a lui-même déléguée à des entreprises privées qu’il peine à contrôler, l’obligeant à basculer dans un rapport de force inadapté. Le blocage visant Anthropic a été abondamment commenté sous l’angle du flou de la stratégie adoptée par l’administration américaine en matière de régulation. Un jour, elle prône un laisser-faire total (le vice-président des Etats-Unis, J. D. Vance, au sommet de Paris sur l’IA, en février 2025, avait pourfendu toute velléité européenne d’encadrement). Un autre jour, elle affirme la primauté du politique en tant que pouvoir de dernier ressort (comme en mars, à propos de l’utilisation létale de l’IA dans les conflits armés). A cette incohérence de fond s’ajoute un soupçon plus conjoncturel : l’entourage de Donald Trump avait qualifié Anthropic d’« IA d’extrême gauche incontrôlable », ce qui invite à se demander si la sécurité nationale est bien le seul moteur de l’affaire, ou si elle sert aussi de paravent à un règlement de comptes politique. Ces changements de pied sont surtout révélateurs d’un Etat qui navigue à vue faute d’avoir pensé, en amont, la gouvernance de technologies qu’il a lui-même encouragées. La décision américaine pose ainsi la question de la relation fondamentale entre la puissance publique et la puissance technologique. Signal ambigu Depuis la seconde guerre mondiale, la suprématie américaine s’est construite sur une articulation claire entre innovation privée et pilotage public. Le nucléaire, l’aéronautique, le spatial ou Internet sont nés d’un écosystème dans lequel l’Etat finançait, orientait, commandait, avant de laisser le marché diffuser la technologie. Le secteur privé innovait, l’Etat tenait le gouvernail stratégique. Cette répartition des rôles, implicite mais structurante, a constitué le socle de la puissance américaine. Il vous reste 62.68% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Le blocage d’Anthropic, pour les Etats-Unis, est une arme de dernier recours, convoquée faute de doctrine »
CHRONIQUE. L’administration américaine vient d’ordonner au géant de l’IA de couper l’accès de tout étranger à ses modèles de langage les plus avancés. Ce geste, plus qu’un acte de force ou de souveraineté, trahit l’incapacité de Washington à contrôler cette technologie, estime Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».







