Il y a quelques jours, Jim Barton, un résident de Peebles, en Écosse, s’est amusé à faire un petit calcul après avoir lu dans un rapport que le Brexit, ce retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) décidé collectivement par un référendum tenu il y a exactement 10 ans, jour pour jour, ce 23 juin, avait entraîné en une décennie une baisse du PIB du pays estimé entre 6 % et 8 %.« En retenant le chiffre prudent de 6 % et en se basant sur les prévisions de PIB pour 2025, cela représente environ 180 milliards de livres sterling par an (337 milliards de dollars), a-t-il écrit dans les pages du Guardian. « Il faudrait donc remettre en circulation le fameux bus, avec un nouveau slogan : “Le Brexit nous coûte 3,46 milliards de livres sterling par semaine (6,5 milliards de dollars)” ».Fameux bus ? Oui, celui lancé sur les routes du pays il y a 10 ans par les tenants de la séparation, le camp du « Leave » pour exciter les foules avec un message qui s’est finalement révélé trompeur avec le temps : « Nous envoyons 350 millions de livres sterling (656 millions de dollars) par semaine à l’UE, finançons plutôt notre système de santé publique. Reprenons le contrôle », pouvait-on lire.Dix ans après un vote historique remporté à 51,89 % par les promoteurs du Brexit et leur discours condamnant l’immigration et dénonçant les effets pervers de l’Union européenne sur la bonne marche du pays, c’est une autre réalité qui se raconte désormais au Royaume-Uni. « Une majorité de Britanniques reconnaissent que le Brexit a été un désastre, n’apportant aucun avantage tangible et imposant des restrictions supplémentaires aux échanges commerciaux avec l’UE, à la collaboration scientifique et à la mobilité entre les institutions », résume en entrevue au Devoir Jim Barton, professeur de physique à la retraite de l’Université Heriot-Watt d’Édimbourg et commentateur de l’actualité à ses heures. « Comme le montrait ma lettre au Guardian, le Brexit a engendré un désavantage économique finalement dix fois supérieur à la contribution trompeusement exagérée du Royaume-Uni à l’UE mise de l’avant par la campagne du Leave sur son autobus. »Les commémorations des 10 ans du référendum du Brexit devraient se faire discrètes ce 23 juin, alors que le Royaume-Uni devrait voir son revenu national baisser de 4 % sur une période de 15 ans, estimait récemment l’Office for Budget Responsibility, l’organisme indépendant de surveillance du Trésor britannique.« Les statistiques sont sans équivoque : la croissance du Royaume-Uni a ralenti après le Brexit », a commenté il y a quelques jours dans les pages du Guardian Nick Bloom, éminent économiste britannique de l’Université de Stanford, aux États-Unis, après avoir analysé les performances de 33 autres économies similaires. « Est-ce dû au Brexit ? Probablement. On ne peut pas en être absolument certain, mais je ne vois pas d’autre facteur qui expliquerait cet écart entre le Royaume-Uni et les autres économies. »À l’heure d’un nouveau bilan, la Grande-Bretagne s’illustre désormais parmi les pays du G7 ayant le moins bien réussi à relancer son marché du travail, dans la foulée de la pandémie de COVID-19. Son taux d’emploi est inférieur de 3 % à 4 % par rapport à ce qu’il aurait été si le pays était resté au sein de l’UE, selon M. Bloom. Depuis plusieurs années, les employeurs sont confrontés à des pénuries de main-d’œuvre amplifiées par le départ soudain des travailleurs européens, qui profitaient d’une libre circulation entre les États membres, notamment pour soutenir les milieux de la construction, de l’hôtellerie-restauration et l’industrie manufacturière.
Le Brexit ou l’espoir d’un renouveau qui s’est transformé en désillusions et en regrets
Il y a dix ans, le Royaume-Uni votait pour son retrait de l’Union européenne.













