Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Vie de l’édition Vie de l’édition Vie de l’édition Le colloque « Voix aux chapitres. Autour de Marc Bloch », qui s’est tenu le 7 mai, à l’EHESS, à Paris, était consacré au récit que l’historien a consacré aux causes de la défaite française de juin 1940. Article réservé aux abonnés « On pourrait presque croire que ce livre a été écrit il y a quelques jours. » C’est sur ces mots que le juriste allemand Rainer Maria Kiesow a ouvert la séance de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) consacrée à L’Etrange Défaite, de Marc Bloch, le 7 mai, dans le cadre d’un cycle de tables rondes autour de l’historien. Le manuscrit, enterré dans un jardin par un ami de Bloch, sous l’Occupation, fut publié de façon posthume en 1946. L’historienne de la littérature Judith Lyon-Caen a noté que l’impression d’instantanéité que procure ce texte est liée à un temps d’écriture très court – trois mois à l’été 1940 – et à l’absence de retouches ultérieures. Bloch y analyse à chaud les causes de la défaite française de juin 1940. Ce livre constitue « le premier acte de résistance » de Bloch avant son entrée dans la lutte clandestine, a souligné Gisèle Sapiro, sociologue des intellectuels et de la littérature, dans la mesure où « il s’inscrit en faux contre les discours officiels des généraux ». L’historien n’y épargne personne : défaillance et sclérose de l’armée, bureaucratie excessive, inconsistance des politiques et des syndicats, radicalisation de la bourgeoisie face au Front populaire… « L’inquiétude de l’été 1940 » Judith Lyon-Caen a aussi relevé qu’en se présentant comme ancien soldat – vétéran de la Grande Guerre – et historien, Bloch cherche à « dire avec quels yeux il a vu », ce qui montre qu’il s’agit bien « d’un témoignage, et non d’un essai d’histoire immédiate ». Pourquoi a-t-il ajouté le célèbre passage commençant par « Je suis juif » ? Un paragraphe « tellement cité qu’on n’en saisit plus l’étrangeté », selon l’historienne. La judéité ne « joue pourtant aucun rôle dans la suite de l’ouvrage, a-t-elle poursuivi. Ce n’est pas en tant que juif qu’il a quelque chose à dire sur la défaite de 1940 ; c’est un paragraphe où l’on voit ce que l’assignation raciale fait à l’écriture ». Bloch écrit lui-même qu’il ne revendique son origine « que dans un cas : en face d’un antisémite ». Ce passage « encapsule toute l’inquiétude de l’été 1940, marqué par un antisémitisme encore diffus, insituable », a estimé Gisèle Sapiro : à la mi-août, la presse de la collaboration commence à évoquer l’instauration par le régime de Vichy d’un statut spécial des juifs. Il vous reste 25.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.