Exit les matériaux composites. Le sculpteur Gaël Le Thellec surfe la vague finistérienne sur des planches de bois léger verni, designées et assemblées avec soin dans son atelier. Gaël Le Thellec dans son atelier de Tréméoc, dans le Finistère. Photo Lorraine Turci Par Barbara Guicheteau Publié le 20 juin 2026 à 16h00 Été comme hiver, Gaël Le Thellec pratique le surf sur ses propres planches en bois. Le midi ou le soir, le Breton file sur la côte, à dix minutes de son atelier finistérien, où se trouve un spot bien connu des surfeurs : la plage de la Torche. Fils d’un véliplanchiste, il a vite été accroché par ce sport. « J’aime l’énergie et la puissance de l’onde. Passé la première appréhension, c’est violent et doux à la fois. » De retour d’une expatriation familiale de cinq ans à Hongkong, motivée par le travail de son père designeur industriel, il commence le surf à 13 ans en Bretagne lors d’un stage estival. Adolescent, il profite de la moindre occasion pour sortir sa planche, un longboard en résine, à l’époque. Suivant les pas de papa, diplômé de l’école Boulle, Gaël Le Thellec intègre à 16 ans le lycée d’art parisien. « J’ai toujours aimé bricoler et mes parents m’ont encouragé à suivre ce qui m’émancipait. Quand j’étais enfant, ils m’avaient aménagé un établi à côté de mon bureau. » À l’atelier de sculpture, « un lieu magique », il est dans son élément, et peaufine son attrait pour le bois, « une matière dure et tendre, issue du vivant et sans cesse en mouvement ». Diplôme en poche, il conçoit des décors, volumes, objets à base de mousse, polystyrène, résine, pour les vitrines de grands magasins et de maisons de luxe. « Il fallait trouver des solutions aux problématiques posées par les clients. C’était intéressant techniquement. » Mais le rythme intense et les matériaux composites nuisent à sa santé. Après plusieurs années dans cet environnement, et malgré une pause de neuf mois en Nouvelle-Zélande, l’artisan sature. En 2016, il a 30 ans et décide avec sa femme, rencontrée à l’école Boulle, de quitter Paris pour s’installer dans le pays bigouden, près de Quimper, où il crée son atelier, baptisé Gawood. Ce retour aux racines familiales coïncide avec un retour aux origines du surf, initialement pratiqué sur des planches en bois, délaissées au profit de modèles « composés de pains de mousse stratés, c’est-à-dire recouverts de résine et de fibre de verre, pour l’étanchéité et la rigidité ». Des matières premières plus très en phase avec ses aspirations : « Je voulais fabriquer la planche la plus neutre et la plus saine possible, avec une attention à sa fin de vie. » À lire aussi : Jean-Brieuc Chevalier, l’ébéniste qui brode des perles sur du bois Il entend alors parler du paulownia, « un bois ultra léger et résistant à l’eau, parfait pour le nautisme ». Originaire d’Asie de l’Est, ce matériau commençait à être exploité en Espagne et en Italie — avec une empreinte carbone réduite à la clé, « sinon cela n’a pas d’intérêt », note l’artisan qui s’improvise shaper (de l’anglais to shape, « façonner ») pour désigner celui qui conçoit les planches de surf, tous formats confondus. Après une modélisation sur logiciel, il débite des lattes de 8 millimètres d’épaisseur et les assemble à la colle, en donnant une courbure à l’ensemble, appelée « rocker », « pour mieux accompagner la vague ». Une simple couche de vernis ou d’huile en finition, et à l’eau ! Seules deux petites touches de résine sont ajoutées au niveau des boîtiers pour les dérives et le cordon de sécurité. La demande explose et Gaël Le Thellec organise des stages pour apprendre à fabriquer sa planche sur-mesure en cinq jours. Ces derniers mois, un léger reflux du marché lui a permis de reprendre l’ébénisterie, la menuiserie et la sculpture, à l’étage « création » de son atelier. « En formation, je détestais ce qui était rectiligne. Les planches m’ont fait aimer la tension des lignes. Plus on “fait”, plus le corps enregistre le geste, la rigueur, la dextérité. » Sur la vague comme à l’ouvrage. Le rabot japonais de Gaël Le Thellec. Photo Lorraine Turci Son objet : le rabot japonaisÀ première vue, ce boîtier en bois de 5,5 × 20 centimètres ne paye pas de mine. À l’usage, il se révèle pourtant fort efficace. « D’une redoutable simplicité, ce rabot japonais m’a servi à façonner les rails, la partie arrondie sur les côtés, de quantité de planches », précise Gaël Le Thellec. Sa conception l’a contraint à changer la nature de son geste, avec un gain d’ergonomie : « Au lieu de pousser l’outil, on travaille en le tirant vers soi : ce qui est en définitive plus logique dans le mouvement. » Fabriqué en chêne très léger, il se démarque par son jeu de lames en bi-acier : « Un dur et sec, tranchant, qui s’affûte très bien, et un plus tendre, pour amortir les vibrations. » Ce rabot n’est pas le seul outil japonais du Breton, qui apprécie la culture artisanale nippone et espère bien s’y immerger sans tarder, car là-bas aussi, « il y a des surfers et des “shapers” de bois ». Arts Artisanat Sculpture Beau geste Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Des planches de surf en bois pour glisser sur les vagues, le sur-mesure en vogue de l’ébéniste Gaël Le Thellec
Exit les matériaux composites. Le sculpteur Gaël Le Thellec surfe la vague finistérienne sur des planches de bois léger verni, designées et assemblées avec soin dans son atelier.








