Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Histoire Histoire Histoire Analyse Jérôme Gautheret Si le Code noir a été enfin officiellement abrogé le 28 mai, il ne faut pas oublier que l’esclavage, dans les colonies, a vécu son apogée au moment précis où se diffusaient en France les idéaux universalistes des Lumières, analyse le journaliste Jérôme Gautheret. Publié aujourd’hui à 09h30 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés C’était un vote pour l’histoire. Le 28 mai, cent soixante-dix-huit ans après l’abolition de l’esclavage, les députés français ont solennellement abrogé le Code noir, à l’unanimité. Portée par le député guadeloupéen Max Mathiasin (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), la proposition avait très vite obtenu l’appui d’Emmanuel Macron. Le 21 mai, le chef de l’Etat avait assimilé le maintien de ces textes à une « forme d’offense » et de « trahison de ce qu’est la République ». Un quart de siècle après l’adoption de la loi Taubira, qui avait qualifié l’esclavage et la traite de crimes contre l’humanité, et alors que la réflexion sur d’éventuelles réparations s’annonce particulièrement complexe, ce vote présente l’avantage de ne heurter personne. Il permet, de plus, de rappeler l’horreur vécue par les millions d’esclaves venus d’Afrique, des débuts du XVIIe siècle au milieu du XIXe, pour enrichir les colonies françaises. Si l’objectif est louable, on ne manquera pas de souligner les limites de l’exercice. Cette « abrogation » pourrait donner l’impression que les édits adoptés par le royaume de France entre 1685 et 1725, rassemblés sous le vocable de « Code noir », étaient toujours en vigueur jusque-là. Or l’abolition de l’esclavage, le 27 avril 1848, puis l’inscription de cette décision dans la Constitution de la IIe République, avaient déjà eu pour effet mécanique l’abrogation de ces textes, vidés de leur substance. Doubles discours On doit ajouter que si ce vote a la vertu de rappeler l’horreur de l’esclavage, il présente l’inconvénient d’altérer le sens historique du Code noir, en l’isolant de son contexte historique. L’ordonnance de mars 1685 sur les esclaves des îles de l’Amérique – dont Jean-Baptiste Colbert, mort deux ans plus tôt, ne peut porter à lui seul la responsabilité, contrairement à une légende tenace – répondait moins à la nécessité de légitimer l’esclavage des Africains (rares étaient alors ceux qui s’en offusquaient) qu’à la volonté de l’encadrer, en faisant cesser les abus les plus monstrueux. On ajoutera également que cette tentative de régulation, bien timide, a été vaine : le texte n’a jamais, ou presque, été mis en pratique. Dans les plantations des Antilles ou dans celles des Mascareignes (île Maurice et La Réunion), dans l’océan Indien, l’arbitraire des maîtres n’a jamais cessé de régner. Il vous reste 60.11% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Les ambiguïtés de la mémoire française de l’esclavage
ANALYSE. Si le Code noir a été enfin officiellement abrogé le 28 mai, il ne faut pas oublier que l’esclavage, dans les colonies, a vécu son apogée au moment précis où se diffusaient en France les idéaux universalistes des Lumières, analyse le journaliste Jérôme Gautheret.
Le 28 mai, l'Assemblée nationale abolit formellement le Code noir 178 ans après la fin de l'esclavage. Le vote est surtout symbolique : le texte était déjà caduque depuis 1848 et n'a presque jamais été appliqué dans les colonies.






