On démarre à la façon de Highlander. Pendant une sanglante demi-heure, la violence est crue. Les flèches transpercent les têtes, les haches éviscèrent, les couteaux égorgent. Les pelles et autres outils prennent aussi du service. Hommes, femmes et enfants, nul n’est épargné. Soudain, comme le roi chez Ionesco mais apprêté à la sauce celtique, Robin de Locksley, dit des Bois, se meurt. Longtemps.Composée au XVIIe siècle, la ballade Robin Hood’s Death a inspiré le cinéaste Michael Sarnoski (Pig, A Quiet Place: Day One), qui a en écrit et réalisé une relecture sombre, brutale, étouffante, parfois pompeuse et un peu mortelle (d’ennui), La mort de Robin des Bois (V.F. de The Death of Robin Hood).Pourtant, les ingrédients étaient là pour faire flèche (terme choisi) de tout bois.D’abord, les paysages grandioses (le film a été tourné en Irlande), dont le réalisateur (et son directeur photo habituel, Pat Scola), entre deux gros plans percutants des acteurs et/ou de leurs actions, a tiré le meilleur, dans une palette terreuse et délavée d’où émergent parfois les bleus purs de quelques vêtements ou la rousseur blonde d’une chevelure. Le résultat est très beau, dramatique à souhait.Puis, dans le rôle-titre (celui de Robin et non celui de la mort, quoi que…), Hugh Jackman. Qui a trépassé à l’écran sous les traits de Jean Valjean dans Les misérables de Tom Hooper, sous ceux de Wolverine dans Logan de James Mangold et, tout récemment, sous ceux de George le berger dans The Sheep Detectives de Kyle Balda. Chaque fois, ce diable d’homme qui excelle dans l’action, dans le drame, dans le rire, dans le parler comme dans le chanter, parvient à émouvoir. Sauf ici où, au bout d’un moment, on se retient à deux mains et une couple de cordes vocales pour ne pas hurler : « Meurs ! Mais meurs donc ! »Vilain RobinLe problème ne vient pas de l’acteur, performant sous les cheveux longs, la barbe et la crasse, mais du scénario. Maintenant vieux et blessé, son Robin est, en cette année 1247, le témoin (gêné) de la naissance de sa propre légende. Alors qu’il sait fort bien qu’il a volé et tué parce qu’il aimait ça. Ses mots. Ses (pas si) joyeux compagnons, dont Petit Jean (Bill Skarsgård), même chose. « Je suis un monstre », dira le prince des voleurs au début du long métrage (avant de le prouver allègrement). Il le dira de nouveau au milieu. Et à la fin. Comme arc (terme choisi, bis) dramatique, on a déjà vu plus solide.