Monde EuropePolitique. Andy Burnham, maire du Grand Manchester et candidat travailliste, tente de revenir à la Chambre des communes pour devenir un rival crédible de Keir Starmer. Publié le 18/06/2026 à 14:50Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'adresse aux journalistes en marge du sommet du G7, à Thonon-les-Bains, en France, le 17 juin 2026.REUTERSC'est une élection locale, et pourtant, son résultat pourrait bien transformer l'avenir de la politique britannique. A Makerfield, une petite région du nord-ouest de l’Angleterre, quelque 70 000 citoyens sont convoqués aux urnes ce jeudi 18 juin pour une élection législative partielle. En lice, Andy Burnham, candidat travailliste, et surtout, rival potentiel du Premier ministre britannique. En tentant de faire son retour à la Chambre des Communes après 11 ans d'absence, l'actuel maire du Grand Manchester espère que son siège de député lui permettra d'évincer Keir Starmer, déjà sous pression. Visé par de nombreux appels à la démission, y compris au sein de son propre camp, le chef du gouvernement a essuyé de nombreuses défaites politiques et scandales depuis le début de l'année. Dernière crise en date : la débâcle cuisante du Labour aux élections locales de mai au profit de Reform UK, le parti d'extrême droite porté par Nigel Farage. En réaction, le ministre de la Santé a claqué la porte du gouvernement et invité Keir Starmer à l'imiter.Et il n'est pas le seul. 80 députés travaillistes ont publiquement appelé leur Premier ministre à démissionner. D'autres, plus discrets, partagent cet avis en privé, indique The Guardian. Et si les résultats du dernier scrutin leur ont fait craindre leur siège, nombre d'entre eux estiment également que Keir Starmer manque de vision politique et de stratégie", relève le média britannique."Le roi du nord"Aussi, pour impulser un changement, les législateurs du Labour reposent leurs espoirs sur Andy Burnham, personnalité politique préférée des Britanniques selon un sondage Yougov de 2026. A tel point que, si une élection partielle a été organisée à Makerfield ce jeudi, c'est parce que le député local s'est retiré au profit du Mancunien parachuté.Si les sondages donnent l'édile gagnant dans cette circonscription qui a exclusivement élu des travaillistes depuis plus d'un siècle, la partie n'est pas encore gagnée. A Makerfield, la population est "disproportionnellement plus âgée, moins instruite et moins susceptible d'être issue d'origines ethniques minoritaires", note le Guardian. En conséquence, et comme dans de nombreuses zones postindustrielles britanniques, l'extrême droite locale progresse, et dans les urnes Reform UK talonne de plus en plus les candidats Labour. Aussi, s'il est encore trop tôt pour crier victoire, de nombreux travaillistes restent convaincus que seul celui que les Britanniques surnomment "le roi du nord" pourra dépasser les clivages. Et les enjeux sont d'autant plus importants que, si Andy Burnham veut renverser Keir Starmer, son élection ce jeudi en est une condition indispensable. Car pour faire son entrée au 10 Downing Street, le Mancunien doit obligatoirement passer par la case Westminster. Tel que le prévoit la coutume anglaise - le pays n'a pas de constitution écrite - le Premier ministre doit obligatoirement être désigné parmi les élus de la chambre basse. Une ambition "profondément antidémocratique" Toutefois, même en cas de victoire, l'ascension d'Andy Burnham à la tête du gouvernement est loin d'être garantie. Si le candidat devrait tenter de défier l’autorité de Keir Starmer en lui posant un ultimatum dans les jours suivant l'annonce des résultats, anticipe le Daily Mail, Keir Starmer a assuré à plusieurs reprises qu'il n'envisageait pas de quitter ses fonctions. Elu en 2024 pour cinq ans, le locataire de Downing Street a estimé qu'il serait "profondément antidémocratique" de céder les clés à son rival, indiquait le Times le 17 juin. Toutefois, conscient de l'épée de Damoclès qui pèse au-dessus de sa tête, le chef de l'exécutif semble prêt à faire des concessions. Mercredi, depuis le sommet du G7 à Evian, il a annoncé qu'en cas de victoire d'Andy Burnham, il lui proposerait "un rôle important" au sein du gouvernement.Peu probable que le Mancunien qui n'en serait pas à sa première nomination au gouvernement, accepte. D'autant plus qu'il peut compter sur d'autres options pour forcer Keir Starmer à prendre la porte. Déjà, il pourrait déclencher une primaire interne au parti travailliste. Pour ce faire, il devra réunir le soutien de 20 % du groupe parlementaire, soit 81 élus, a minima. Un pari risqué puisqu'une telle manœuvre permettrait à d'autres parlementaires Labour de se porter candidat. D'autant plus risqué que, par le passé, Andy Burnham a tenté deux fois de briguer Downing Street. Autre inconvénient : le processus paralyserait le gouvernement pendant quatre à cinq semaines, le temps d'organiser des meetings électoraux et d'autres événements de campagne. Dangereux pour un parti dont la cote de popularité est déjà en berne.Autre option : les ministres du gouvernement Starmer pourraient démissionner et ainsi faire tomber le gouvernement eux-mêmes comme l'avait fait le cabinet de Boris Johnson en 2022, souligne le Times. Dans cette période d'incertitude, une seule chose demeure certaine : la crise politique que traverse Keir Starmer depuis de nombreux mois n'est pas sur le point de s'arranger. Réponse dans la nuit de jeudi à vendredi.